Amitiés littéraires et artistiques à l'épreuve de la politique

Publié le par Paul-Henri Bourrelier


Par Paul-Henri Bourrelier

 

Comment les amitiés littéraires et artistiques résistent-elles aux crises politiques ? En sortent-elles indemnes, brisées, vivifiées ? Les écrivains, qu’ils soient journalistes, romanciers ou poètes, les artistes peuvent-ils séparer les domaines, et, s’ils s’engagent, le font-ils au bénéfice de nouvelles confraternités ou au risque de rompre avec des proches d’opinions opposées ?

 

L’affaire Dreyfus pose brutalement cette question qui ne cessera de resurgir de plus en plus dramatiquement au cours des tourmentes du XXe siècle. Par les valeurs fondamentales qu’elle oppose, elle est une matrice de crises futures et fournit un échantillonnage des comportements. La Revue Blanche constitue l’observatoire idéal car s’y trouvent réunis les talents les plus remarquables d’une nouvelle génération. Son engagement libertaire trois ans plus tôt avait transposé en politique l’émancipation qu’ils réclamaient tous en poésie ou en peinture. Barrès pouvait sonner le rassemblement contre les barbares, personne n’y trouvait à redire puisque chacun pouvait désigner les barbares à son gré. Mallarmé pouvait aller témoigner pour Fénéon, qui le lui aurait reproché ?

 

Soudain la lettre de Zola et le lancement des manifestes pour la révision avec un démarchage obligent chacun à se déterminer pour ou contre la signature, ou encore pour le refus de choisir. Nul n’y était préparé, malgré des précédents en matière de pétitions collectives, et les surprises sont nombreuses : Blum était persuadé que Barrès signerait. Coolus espérait convaincre Mallarmé. Lucien Herr comptait sur l’engagement de Lavisse, directeur à la Revue de Paris. Un échange à la mi janvier au Théâtre des Pantins est significatif : Paul Valéry, antirévisionniste viscéral, approché par Quillard et Herold, imagine que le Mercure de France va être révisionniste et, par rétorsion, se rapproche aussitôt de Fénéon en direction de la Revue Blanche. Beaucoup aussi de qui propos : Romain Rolland, mécontent que sa pièce ait été interprétée comme dreyfusarde, écrit à Lugné-Poe : «  Il y a quelque chose de pire que d’être haï pour ce qu’on est, c’est d’être loué pour ce qu’on n’est pas ». Léautaud croit astucieux d’écrire sur le registre pour la veuve de Henry : « pour l’armée, contre la vérité », mention que La Libre Parole se garde de reproduire.

 

Les collaborateurs pour lesquels  la Revue Blanche avait été créée avaient entre vingt-cinq et trente deux ans, et leurs aînés, la génération du Mercure de France, quelques années de plus. Avec leur carrière devant eux, connus seulement dans des milieux étroits, ils n’étaient encore liés par leur appartenance à des réseaux, des cénacles ou des mouvements.

 

Les dreyfusards de la rédaction

 

Ils se répartissent en cinq groupes :

- l’équipe de pilotage composée des trois frères Natanson, de Fénéon, Blum, Coolus et Barrucand. Léon Blum jouit d’un grand prestige au sein de la revue dont il a été le gérant et le responsable de plusieurs chroniques. Il fait la liaison de ce milieu d’esthètes avec Lucien Herr et les normaliens ainsi qu’avec des juristes du Conseil d’Etat. Cette ouverture essentielle (qui complète celle des Natanson vers les milieux d’affaire) est une originalité par rapport aux autres périodiques littéraires.  Coolus est un intime des Natanson, Barrucand, compagnon de Fénéon, est devenu rapidement un des piliers du périodique.

- les fondateurs du Banquet, une des souches de la Revue Blanche: Gregh, Proust, Daniel Halévy, R Dreyfus, L de la Salle : la persistance du réseau, entretenu par la fréquentation de salons comme celui de Mme de Caillavet, et sa mobilisation précoce et unanime, sont remarquables.

- Les peintres nabis, libre penseurs, qui se sont intégrés à la Revue Blanche - Vuillard, Bonnard, Roussel, Vallotton, Ranson -, et quelques néo-impressionnistes amis de Fénéon : Signac, Luce, Maurin.  

- divers membres du cercle de la Revue Blanche, appartenant à sa génération et l’ayant rejointe au fil de ses six ans d’existence : Georges Bourdon, président à diverses périodes du Cercle des Escholiers, cher aux Natanson ; Eugène Morel de la Revue d’art dramatique, auteur d’un roman social Terre promise ; Fazy condisciple de lycée de Blum et ancien de La Conque ; Mauclair, Paul Fort, Hirsch symbolistes attachés au Mercure de France. Séverine, journaliste héritière de Jules Vallès, vivant de son activité, combattant, pour les bonnes causes, piliers de La Fronde, journal dreyfusard rédigé par des femmes ; Andler germaniste, normalien, compagnon de Herr, qui a adhéré comme lui au parti socialiste d’Allemane.  Enfin, Métin, Lasvignes et Saunier, sans  doute introduits par Fénéon, signataires, comme Barrucand, de chroniques souvent politiquement engagées.

- des aînés (nés entre 1858 et 1864), souvent liés au Mercure de France : Jules Renard, Tristan Bernard, Gustave Kahn, Paul Adam, Quillard, Herold, Henri Albert, Mathias Morhardt et Bernard Lazare.

 

Au total, une quarantaine de collaborateurs ayant en commun le lien générationnel et l’esprit d’avant-garde. Le choix du camp révisionniste va de soi pour tous sauf pour Henri Albert, ami de Louÿs et de Valéry. Entre eux, l’affaire Dreyfus ne modifie pas fondamentalement les rapports d’amitié ou de confraternité déjà établis dans le cercle de la Revue Blanche. Ceux qui ont commencé à s’en éloigner n’y reprennent pas du service : ainsi Marcel Proust qui ne désarme pas son hostilité envers Blum et ne revient pas. Adam toujours instable et dispersé (il est « un peu des nôtres » écrit Blum dans sa chronique sur Le Triomphe des médiocres) fournit, après les Lettres de Malaisie publiées l’année précédente, les feuilletons des « Œuvres inédites de l’Empereur » qui est une parodie plus ironique qu’engagée et livrera encore quelques contributions, mais plus d’essais fougueux comme il l’avait fait en 1894-95. Henri Albert est accaparé par la traduction de Nietzsche. Le seul rapprochement marqué est celui de Quillard qui n’avait jusque-là publié qu’un poème (1892) et n’y avait pas été appelé à commenter le drame arménien.

 

André Gide et son circuit

 

Le cas d’André Gide mérite un développement particulier car sa posture est originale. Le jeune écrivain avait déjà commencé à pratiquer une démarche faite d’alternances (pour et contre le symbolisme par exemple) qui lui permettait d’exprimer les sinuosités de sa pensée.  Or il se trouve au confluent d’influences contradictoires : plusieurs de ses amis, collaborateurs de la Revue Blanche sauf Drouin, sont dreyfusards : Blum passionnément, son beau-frère Marcel Drouin raisonnablement, Ghéon modérément, Jammes secrètement. Mais Paul Valéry, Pierre Louÿs et Eugène Rouart sont violemment nationalistes.

            En décembre 1897, Gide, sur le départ pour un voyage en Italie avec Madeleine, est encore sous le choc de la lecture des Déracinés, roman à thèse de Barrès qu’il ressent comme une agression à laquelle il s’apprête à répondre de façon cinglante. Il rencontre Blum, qui a commencé à recueillir des adhésions de soutien à Zola. Heureux de s’éloigner et parvenu à Rome, Gide reçoit à la mi janvier des courriers de Marcel Drouin qui vient de signer la « Protestation ». Madeleine partage l’émotion de sa soeur devant les émeutes antisémites et les attaques de Maurras contre les émigrés protestants. Il donne, sans doute par télégramme, à Blum l’autorisation de porter sa signature..

            Valéry et de Rouart lorsqu’ils découvrent le nom de Gide sur la liste des signataires sont furieux. Gide n’argumente pas, se garde bien de mentionner Blum et évoque vaguement le décalage des courriers, les circonstances − il s’est fallu d’un rien pour que les choses aboutissent autrement…−, laisse passer l’orage. Zola condamné, il admet même, quelques semaines plus tard, que tout est pour le mieux. A Rome, il a de longs échanges avec Maurice Denis, admirateur de la renaissance italienne, avec lequel il partage des opinions hostiles au mouvement révisionniste.

A l’automne, après le suicide du colonel Henry et la publication des Preuves de Jaurès, Gide réaffirme son soutien à la révision en faisant dans ses « Lettres à Angèle » publiées par L’Ermitage le geste, hautement significatif de sa part, d’approuver Mirbeau. En décembre 1898, il donne à publier à la Revue Blanche une courte pièce d’esprit dreyfusard : Philoctète. En janvier 1899, il signe, avec Marcel Drouin, l’Appel à l’union du journal Le Temps qui est une réplique de membres de l’establishment universitaire à la Ligue pour la Patrie française.

 

Les nouvelles recrues 

 

L’impact principal de l’Affaire sur l’équipe de la rédaction est donc à chercher ailleurs, dans la vague de nouveaux collaborateurs : aux esthètes se comportant en intellectuels viennent se joindre des normaliens, des juristes, des hommes motivés par la cause dreyfusarde. La revue se renouvelle et accentue son caractère avancé et cosmopolite qui la différencie du Mercure, conservatoire du symbolisme.

A tout seigneur tout honneur, d’abord Lucien Herr (génération des aînés puisqu’il est né en 1864) qui inspire la « Protestation » et devient la référence de la revue, Mallarmé se tenant hors du débat. Par l’entremise de Herr, Blum et ses collègues font connaissance de Jaurès.

Chez les jeunes, huit chroniqueurs novateurs entrent entre juin 1898 et le début 1899 : Steens, Varenne, Gohier, Péguy, Benda, Delahache, Fagus, Paul Louis. Avec Métin, Barrucand et Blum (qui tiennent la chronique des livres, section Etats, sociétés, gouvernements), Péguy, Benda et Louis, les chroniques de caractère politique sont entre des mains de jeunes prosélytes talentueux. Après la crise viendra François Simiand qui, avec Paul Louis et deux anciens de La Conque et du Banquet, Marcel Drouin et Robert Dreyfus, tiendra les chroniques de la Revue Blanche.

Marcel Schwob est cité par Fénéon dans liste des collaborateurs de la Revue Blanche qu’il dressera en 1923, et son nom figure aussi dans le passage des souvenirs de Léon Blum sur le cercle constitué autour de la revue. Comme Gide, Schwob, qui avait été responsable du supplément littéraire de L’Echo de Paris a beaucoup d’amis antirévisionnistes et n’aimait pas Zola. Il ne  signe pas le manifeste et s’exprime plus discrètement ses opinions dans Le Phare de la Loire. Il essaie d’éviter avec Valéry une rupture qui se produit finalement et douloureusement en novembre 1898. S’il a collaboré à la Revue Blanche, c’est sous un pseudonyme (mais on ne voit guère de texte qui corresponde) ou de façon anonyme au Cri de Paris.

Deux aînés viennent aussi grossir les rangs : Jean Ajalbert qui avait fait partie de la vague symboliste de 1886 et Gaston Moch, officier démissionnaire, auteurs de deux livres chacun.

Deux anarchistes amis de Fénéon apparaissent : Pouget et Malato.  

 

La rupture idéologique  avec Barrès

 

Une seule rupture nette et éclatante : Barrès. Celui-ci n’a jamais été à proprement parler un collaborateur de la Revue Blanche - à laquelle il n’a fourni qu’un seul texte-, ni d’ailleurs des autres « petites revues ». Le prestige qu’il avait auprès des jeunes gens de la génération de la Revue Blanche vers lesquels il avait déployé toutes ses séductions s’étaient émoussé en 1894 car la majorité de l’équipe de la rédaction de la Revue Blanche, principalement les aînés (Lazare, Fénéon, Vielé-Griffin…) lui reprochait son antiparlementarisme et sa xénophobie. Lui-même avait achevé sa série du « Culte du moi », dirigé pendant six mois La Cocarde, ex journal boulangiste et allait surfer sur le thème de « l’énergie nationale », sous l’influence croissante de Jules Soury, savant authentique qui professait un racisme radical délirant, et de Charles Maurras, déterminé.

            Les correspondances et les Cahiers de Barrès permettent de reconstituer exactement de déroulement et l’étendue de la rupture. Blum n’a pas prêté attention aux signes de l’évolution de l’écrivain et ne pense pas que celui-ci puisse sacrifier sa position littéraire et morale au sectarisme politique du camp nationaliste. Il n’attache pas trop d’importance à la thèse soutenue dans  Les Déracinés sur laquelle il exprime « quelques objections » déférentes dans sa chronique de novembre 1897. Et il va lui présenter en début décembre la pétition de soutien à Zola convaincu qu’il obtiendra sa signature. L’écrivain tergiverse, fait état de ses doutes, joue sur la corde sensible de leur amitié et envoie quelques jours plus tard, une lettre dans laquelle il admet qu’il sera en tout état de cause du côté de l’armée, et termine par l’évocation émue de leur amitié réciproque. Blum complète sa chronique sur Les Déracinés par un feuilleton des « Nouvelles conversations » un peu plus ferme. Barrès lui répond en constatant avec regret leurs divergences et en le renvoyant aux réponses de Maurras, et finalement publie le 1er février (la date de parution de la « Protestation » de la Revue Blanche) dans L’Echo de Paris un article dans lequel il abat ses cartes et traite les intellectuels avec dérision. Cette fois Blum prend acte de l’irréparable rupture avec ceux de sa génération qui l’ont jusque alors suivi.

            La réponse de la Revue Blanche est la lettre ouverte de Lucien Herr qui s’exprime, dans le numéro suivant, au nom des intellectuels insultés. Le bibliothécaire de l’Ecole normale, né en 1864, peut revendiquer à la fois l’élan idéaliste de la jeunesse et l’autorité de l’expérience.

            En novembre 1902, Marcel Drouin dans sa chronique de la Revue Blanche sur Scènes et doctrines du nationalisme dénonce « telles taches de boues et de venin que ni le temps ni la gloire littéraire ne pourront jamais laver », mais conclut par une distinction entre les thèses inacceptables de Barrès et ses idées qui méritent de susciter la réflexion de ses adversaires.

            En 1903, Léon Blum inaugure sa nouvelle position de critique dans Le Gil Blas par deux livres de Barrès : Amori et Dolori Sacrum et Amitiés françaises, concluant sur le « splendide isolement » de « ce grand écrivain, un des plus fiers et des plus puissants qu’aient produits notre littérature, et qui, par une dernière contradiction, compte encore aujourd’hui parmi les ennemis de son apparente doctrine les plus sûrs admirateurs de son talent ». Même conclusion en 1905 dans L’Humanité  au sujet de Au service de l’Allemagne: « Un des plus grands dons de Barrès, c’est que sa pensée, qu’on l’aime ou qu’on la déteste, est toujours fécondante, excitatrice. On veut bondir  au commentaire ou à la réplique et la controverse pourrait se prolonger sans fin. Et d’autre part, la pensée de M. Barrès est de celles que le critique doit préciser et discuter aussitôt pour sauvegarder sa responsabilité propre. Car il ne s’agit point ici d’œuvres éphémères qui tomberont ou passeront sitôt écrites mais d’oeuvres durables et qui porteront un jour témoignage de nos manières de raisonner et de sentir ».

            Ce dialogue par médias interposés préservait l’estime réciproque. Mais au-delà de la littérature, on peut se demander si cet échange n’a pas contribué à dissuader Barrès de rallier l’Action française.  

 

Collaborations interrompues ou suspendues

 

Les autres séparations se font sur la pointe des pieds :

- Pierre Louÿs et Jean Lorrain, souscrivent tous deux au « monument Henry » et signent le registre, monceau d’ignominies. Blum observera, avec un certain regret dans ses Souvenirs sur l’Affaire, que Louÿs s’était éloigné insensiblement depuis deux ans. Blum signe deux chroniques très élogieuses sur des ouvrages de Lorrain qui sera à nouveau admis après 1900.

- Muhlfeld qui avait dirigé les débuts de la Revue Blanche s’était retiré par étapes, cédant en 1894 la fonction de gérant et  le secrétariat de la rédaction à Blum et Fénéon, avait abandonné la chronique des livres en 1896 et s’était brouillé avec plusieurs rédacteurs à cause de son mariage, retourne au journalisme en succédant à Henri Bauër, chassé de sa tribune dramatique de L’Echo de Paris, journal antidreyfusard. Muhlfeld n’approuve pas la campagne pour la révision et sa nouvelle position  marque sa proximité de Barrès.

- Willy livre sa dernière chronique  de la musique en janvier 1898. L’Affaire est sans doute saisie par la rédaction et ce noceur opportuniste, mélomane léger, et producteur de romans à la mode, comme prétexte pour se séparer. Il souscrira pour Henry et ne s’adressera pas à. la Revue Blanche pour éditer les premiers Claudine de Colette qu’il signera.  

- Remy de Gourmont et Jules de Gaultier poursuivent 1898 une collaboration active et à bien des égards remarquable (« L’esthétique de la langue française » la notice sur l’œuvre poétique de Mallarmé pour l’un, « La religion intellectuelle », des études sur Ibsen, Nietzsche, Tolstoï pour l’autre), puis s’éloignent. Le premier n’a pas fait mystère d’un refus inspiré par un scepticisme qui a envahi sa pensée depuis l’époque de son article sur  le « Joujou patriotisme » ; de Gaultier s’est, comme Barrès, laissé séduire par les théories racistes.

- Claudel est alors en Chine d’où il avait envoyé des poèmes en chargeant sa soeur et Mallarmé de les faire publier. C’est grâce à ce dernier, et malgré les réticences de Camille, très antisémite, qu’ils sont remis à la Revue Blanche et publiés en 1897 et en septembre 1898. Mais dans les années suivantes le poète s’adressera à d’autres éditeurs.

- il serait inexact de classer Paul Valéry parmi les auteurs que l’Affaire a écartés. Le poète ne voulait plus être publié depuis plusieurs années. Léon Blum avait en vain essayé de récupérer en 1894 des vers qu’il avait écrit pour La Conque, et n’avait pas salué La Soirée avec Monsieur Teste.

- une lettre d’Alphonse Allais fait supposer que la publication de deux de ses ouvrages, dont L’Affaire Blaireau, ait été retardée au début de l’année 1899, de quelques mois.

 

Les peintres et dessinateurs

 

Les peintres peuvent, plus facilement sur les écrivains se tenir à l’écart, au moins publiquement, de la politique. .Parmi les néo-impressionnistes, seul Signac signe la protestation. Parmi les Nabis, Vuillard, partage les opinions de ses amis Natanson. Rapprochés par la Revue Blanche, sans doute à l’instigation de Fénéon, tous deux se découvrent et décident de réaliser une exposition des peintres innovateurs de leur génération. Bien que ses sympathies aillent à l’autre camp, Maurice Denis, qui avait été le théoricien des Nabis accepte de s’associer. L’exposition s’ouvre chez Durand-Ruel à deux pas des bureaux de la Revue Blanche le 15 mars 1899 au même moment que le procès de L’Armée contre la nation.

           

La rupture entre Herr et Péguy

 

Terminons par un mot sur la rupture entre Lucien Herr et Charles Péguy à l’issue de la crise de l’affaire Dreyfus. Parmi les dreyfusards qui gravitent autours de la Revue Blanche, Péguy représente la tendance révolutionnaire libertaire. La stratégie de Lucien Herr vise à réaliser l’unité des partis socialistes derrière Jaurès, fût-ce au prix de lourdes concessions exigées par Jules Guesde et la seconde Internationale socialiste dominée par les sociaux-démocrates allemands. Péguy ne peut accepter ces concessions.  Il  part fonder les Cahiers de la quinzaine tandis que  La Revue Blanche suit Herr. Les deux publications ont beaucoup d’auteurs communes qui souhaitent une réconciliation.. Péguy et Jaurès eux-mêmes l’ont semble-t-il espéré quelques temps.

 

Au cours du XXe siècle, de crise en crise, l’Histoire se déroulera dans le sens d’un durcissement impitoyable qui mettra à dure épreuve la confraternité littéraire et artistique. Cependant, comme lors de l’affaire Dreyfus, l’amitié laissera presque toujours des traces ineffaçables.

Publié dans La SOCIETE et la CITE

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electricien paris 15 31/01/2015 22:11

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

lajeunesse 10/12/2009 15:12


Nous publions une édition complète du théâtre de Jules Renard en mars prochain, avec un dossier très étoffé sur ses relations avec le monde du théâtre, l'histoire de la création des pièces et des
commentaires de critiques actuels. Seriez-vous prêt à relayer les informations, ou la newsletter spécifique que nous enverrons au moment de la parution (18 mars) date qui précède de peu le colloque
prévu à la BNF autour de Jules Renard pour le centenaire de sa mort.


Paul-Henri Bourrelier 11/12/2009 15:05


Oui. en considération des liens étroits de Jules Renard avec l'équipe de la Revue Blanche et particulièrement avec les frères Natanson, Tristan Bernard, Coolus et Vallotton. D'ailleurs, je dois
intervenir au cours du colloque