L'engagement communal de Jules Renard

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Par Tristan Jordan, Association des amis de Jules Renard

 

 

L’un de ses contemporains disait qu’il y avait deux côtés chez Jules Renard : « Le côté de Chitry et le côté de Guitry ».  Le  paysan et le parisien. L’activité parisienne de Jules Renard est certainement la plus connue, pour peu que l’on connaisse de lui autre chose que Poil de Carotte. Parisien, il l’était comme devait l’être tout homme de lettres ayant besoin de notoriété pour vivre de ses écrits. Ses amis étaient Tristan Bernard, Alfred Capus, Marcel Schwob, Lucien Guitry chez qui il déjeunait toutes les semaines,  dans le luxueux appartement  de la Place Vendôme.  Il fréquentait les théâtres et publiait des chroniques dans les  journaux et revues  les plus en vue : L’Écho de Paris, Le Gil Blas, La Revue Blanche, Le Mercure de France.

 

Un autre Jules Renard, celui-là presque totalement oublié, est celui de Chitry, petite commune nivernaise de moins de 300 habitants. En fait, c’est le même Jules Renard mais ici l’écrivain met sa plume au seul service des  villageois, ses concitoyens. Chitry-les-Mines, sa ville natale où il n’est pas né, pour reprendre une belle expression  de Jean Ajalbert (Mémoires en vrac). En effet, il est né dans le département de la Mayenne,  mais arrivé à l’âge de deux ans à Chitry,  il y passe  toute son enfance ; c’est là sa patrie : « je ne prétends pas que j’y sois né, non, puisque mon acte de naissance, dûment légalisé, affirme que ce mince évènement arriva à Chalons-sur- Mayenne, (je ne sais même pas où ça se trouve !) mais j’ai le droit de me dire enfant, enfant par le cœur, de Chitry-les-Mines, car c’est le pays de mon père qui fut un sage regretté. » (l’Écho de Clamecy, 7 mars 1903) Adulte, il loue une maison dans le village mitoyen de Chaumot. En 1900, il est élu conseiller municipal de Chaumot, et en 1904, maire de Chitry.

 

Il  ne prend pas à la légère ses activités municipales comme en témoigne son sous-préfet, Maurice Le Blond, qui se trouve par hasard être le gendre de Zola : « Tandis que ses confrères prenaient la parole dans les meetings, conférenciaient aux universités populaires, Jules Renard limite son action au petit village de Chitry et aux alentours. Il publie dans une petite feuille locale ses admirables Mots d’écrit. Délégué cantonal, conseiller municipal de Chaumot, maire de Chitry, ces modestes fonctions qui paraîtront infimes à l’égard de ses superbes titres littéraires, il les exerce avec une sollicitude infinie, dans le sentiment d’accomplir une mission très haute. Il s’adresse au cœur et au front du travailleur des campagnes. Il essaye de le faire devenir  ̋ plus moral, plus humain ̏. Toute son action, tout son apostolat, se résume dans cette phrase lapidaire : ̋ Paysans, mes frères, quand cesserez-vous de croire que votre ignorance est une vertu ? ̏ »

 

Ces fameux Mots d’écrit,  ce sont des chroniques que Jules Renard envoie régulièrement, pendant deux ans, à  un modeste quotidien,  l’Écho de Clamecy. L’auteur  y prend la défense des uns et des autres. Mais quand sa plume figure parmi les plus spirituelles, parmi les plus fines de toute la presse régionale, c’est une œuvre littéraire qui s’écrit de semaine en semaine devant des lecteurs pas toujours conscients du privilège qu’ils ont de posséder un porte-parole aussi talentueux. Ces chroniques n’étaient pas destinées à être réunies. Elles le furent pourtant par un érudit local, Paul Cornu, qui les publia en 1908 dans les Cahiers nivernais. Elles l’ont été à nouveau, un siècle plus tard, par l’Association des amis de Jules Renard dans leur publication de l’année 2009 intitulée : Jules Renard, l’apôtre de Chitry

 

Pour clore cette présentation de notre écrivain à deux facettes, donnons la parole au même Paul Cornu, qui  a su, mieux que personne, parler de son  ami : «  Un jour, quand seront rassemblés tant d’articles divers, tant de chapitres de livres, tant de lettres intimes, où Jules Renard a témoigné de son vif amour de justice et de son  inépuisable générosité pour les humbles, une face nouvelle de ce bel écrivain se révèlera au public – face plus attachante que celle de l’humoriste aux sourires pincés, à quoi tous les classificateurs réduiront longtemps encore ce grand esprit. On verra alors combien la conscience de Jules Renard a servi son talent et combien la générosité et la droiture de son esprit méritent d’être célébrées au même titre que la beauté de ses œuvres. »

 

Les amis de la Revue Blanche  savent dorénavant  à quoi s’en tenir sur le « Côté de Chitry ».

 

                                                                                   

 

Publié dans La SOCIETE et la CITE

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Paul-Henri Bourrelier 09/04/2009 12:53

Jules Renard était avant tout un écrivain. Il a pris au cours de sa vie des engagements politiques en tant qu'écrivain et comme citoyen. Ses amitiés parisiennes, essentiellement au sein de la Revue Blanche puisque le Mercure de France était purement littéraire et culturel, l'ont accompagné dans son parcours.
Il est logique que le premier article du blog porte sur son implication la plus profonde et la plus durable puisqu'elle n'a pris fin qu'avec sa vie, c'est-à-dire son engagement envers la population de Chitry et des communes voisines. Ce texte sera complété poar des extraits montrant l'orientation laîque et socialiste de l'écrivain en action sur le terrain.
Un second article est consacré aux débuts de Jules Renard à la Revue Blanche par sa collaboration au Chasseur de Chevelures et à Nib, suppléments humoristiques qui reflétaient les réactions de la jeunese aux épisodes politiques du moment.
Un article pourra ultérieurement traiter de ses interventions politiques au niveau central, d'une part au moment de l'affaire Dreyfus, d'autre part lors du lancement de L'Humanité.