ZO d'AXA

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Par Béatrice Arnac

 

Très peu de choses me passionnent. Très, très peu d’êtres provoquent mon admiration, condition  « sine qua non » de mon affection et en l’occurrence de mon amour lorsqu’il s’agit de mon grand-père Zo d’Axa. Je crois avoir tout dit sur lui dans mon livre  « Zo d’Axa, l’Endehors », sur mon site et sur le sien.

Je ne suis pas historienne mais artiste.

En me souvenant de cette phrase de lui, dans un de ses poèmes, lorsqu’il avait vingt ans :

˝ … Serai-je peintre ou bien poète

Qui sait l’avenir le dira,

Mais je sens germer dans ma tête

L’art divin qui le guidera.

Mon cerveau deviendra productif et fertile

Et le travail sera ma passion

Car j’aurai fait deux parts à ma belle existence

Donnant l’une à l’amour et l’autre à l’art. ˝       Zo d’Axa

 

Je sens comme jamais l’union de nos êtres. Je considère que, dans mon cas, la mystérieuse génétique explique presque tout !

Aujourd’hui je n’ai plus envie de parler de lui, de mon père Marcel Arnac, autrement que pour leur dire combien je les aime et combien ils m’ont manqué. Le seul bien qui me reste est d’avoir la fierté d’être leur enfant.

De leur traversée du désert, de l’oubli dans lequel ils ont plongé, je m’en sens responsable, responsable d’avoir été embryon lors de la disparition de Zo d’Axa et nouvelle née quelques mois plus tard pour celle de Marcel Arnac… Eux et moi avons un  lourd héritage à régler ! Etre consciente, lucide permet peut-être de trouver une réponse.

Ma vie, rigoureuse par ses choix, son éthique peut-elle donner une sorte de paix éternelle à leur âme ? Par le principe de transmission auquel je crois, oui.

Béatrice Arnac     2009  

 

 

 

La petite fille de Zo d’Axa,  né Alphonse Gallaud (1864-1930), en nous adressant ces quelques lignes ferventes, rappelle ce que fut la personnalité flamboyante de son grand père au milieu d’une jeunesse qui aspirait à la beauté d’un monde libéré des oppressions. Vie tumultueuse, mais étonnamment droite et sans concession, insolente et aristocratique dans le plein sens du terme. Lui-même petit fils d’un personnage remarquable qui eut l’idée ingénieuse durant le siège de Paris et la Commune de monter une entreprise alimentaire et devint ami de Clemenceau, Saint-cyrien, engagé en Afrique puis déserteur, reporter errant en Europe, revenu à Paris en 1889 à la faveur d’une amnistie, Zo d’Axa fonde L’Endehors en1891, au moment où naissent le Mercure de France, La Plume, Les Entretiens politiques et littéraires et la Revue Blanche. Endehors, une fière devise d’indépendance radicale pour cet esprit libertaire. A cette feuille révoltée sans agressivité, dont il est le principal rédacteur à la plume flamboyante, toute la jeunesse littéraire et anarchiste des autres revues s’abonne et apporte des contributions. Mais la répression de l’anarchisme oblige Zo d’Axa à s’exiler à nouveau en 1892 ; il se fait relayer pendant un an par Fénéon et d’autres amis comme  Barrucand, Lazare, Quillard et Descaves avec le dévouement de gérants intermittents comme Matha,  Emile Henry. Puis, ne tenant pas en place  à Londres, il repart en errance, se fait kidnapper par les services français, et, jeté en prison, écrit le récit de son épopée : « De Mazas à Jerusalem ». Lors de l’affaire Dreyfus, Zo d’Axa publie La Feuille, grande page avec au dos une lithographie, le plus souvent de Steinlen, dans laquelle il exprime son mépris des exploiteurs et de l’armée sans pour autant s’engager pour la défense d’un capitaine. Au début du siècle, il repartira vers d’autres continents, rendra visite aux Doukhobors, secte d’exilés russes objecteurs de conscience chers à Tolstoï, envoie des reportages. Puis, de retour en France, n’écrira presque plus : l’orgueil du silence.

 

La Revue Blanche a publié trois textes de Zo d’Axa : en 1895 un extrait de son épopée au départ de Londres, et une lettre d’une mère à son fils martyrisé par l’armée en Algérie, et en 1902 « A Paterson », la description d’une maison de séjour aux Etats-Unis d’anarchistes européens dont l’un est parti discrètement pour assassiner le roi d’Italie.
Voir le site 
http//www.beatrice-arnac.com/

 

Commenter cet article