Entre anarchisme et socialisme

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Par Paul-Henri Bourrelier

 

L’opposition entre socialisme et anarchisme, héritage du conflit entre Marx et Bakounine, a structuré la pensée révolutionnaire en France avant et après 1894, année où la propagande anarchiste « par l’action », c’est-à-dire concrétisée par les attentats, a atteint son acmé et a mué en une action syndicale directe exprimée par le principe de la grève générale, tout aussi réticente envers l’action socialiste. Dix ans plus tard, les fractions socialistes ennemies s’étant enfin unifiées,  le conflit s’est figé dans le dualisme SFIO-CGT si contraire à la conception social-démocrate.

            Sur ce conflit si marquant, la Revue Blanche constitue un observatoire remarquable car durant ses douze années d’existence, elle s’est située entre l’anarchisme et le socialisme. Sans se laisser enfermer dans l’une ou l’autre doctrine, opposée à toute attitude sectaire par son attitude libérale, elle a constamment fait preuve d’esprit libertaire tout en se plaçant à la fin dans le sillage du socialisme de Jaurès. Aux moments décisifs, elle a milité pour le rapprochement entre les deux tendances révolutionnaires.

            On peut  distinguer, selon leur sensibilité, les collaborateurs de la Revue Blanche qui y ont écrit des textes à contenu nettement politique. Le classement n’est pas strict et n’a pas nécessairement persisté par la suite. Les premiers attachent plus d’importance à la liberté et refusent l’embrigadement, les seconds admettent la nécessité d’une organisation sociale et d’une discipline collective: 

-          Vingt-cinq collaborateurs libertaires, anarchistes, antimilitaristes : Malquin, Adam, Fénéon, Lazare, Barrucand, Zo d’Axa, Tarrida del Marmol, Séverine, Remy, Robin, Hermann-Paul, Steens, Quillard, Pouget, Gohier, Ajalbert, Herold, Mirbeau, Marinetti, Dubois-Desaulle, Cohen, Stromberg, Dagan, Parsons, Vallier.

-          Dix collaborateurs socialistes ou sympathisants : Andler, Métin, Herr, Péguy, de Pressensé, Blum, Moch, Fournière, Paul Louis, Simiand.

On voit que les sensibilités libertaires sont numériquement dominantes. Cette majorité s’accentuerait si on y intégrait les collaborateurs qui n’ont pas débordé du domaine littéraire ou artistique (par exemple des artistes comme Maurin, Vallotton, Signac, Luce, des écrivains comme Tailhade, Saint-Pol-Roux qui étaient de sensibilité anarchiste ou libertaire).

            Il n’est pas toujours possible de déterminer qui a intronisé chacune de ces personnalités, mais il est certain que la plupart des libertaires ont été appelés par Fénéon, les exceptions étant des amis des Natanson ou des littérateurs comme Malquin, Lazare, Adam, Séverine ou Marinetti qui sera présenté par Kahn. Les socialistes viennent de la filière Blum-Herr sauf sans doute Métin qui a dû être approché par Fénéon, et Pressensé que Thadée Natanson fréquentait à la ligue de droits de l’homme.

 

 1° 1891-1893 : la phase d’esthétique libertaire

 

Evènements : les attentats anarchistes ; les symbolistes font cause commune avec l’anarchisme, la fédération des syndicats se rallie à la grève générale.

Commentaire : la propagande par les faits était généralement admise à cause de leur valeur démonstrative, mais les gestes envisagés étaient spectaculaires et non sanglants . L’illumination par le feu ou la dynamite avait un caractère festif relevé par Mallarmé, bien loin du nihilisme et du terrorisme. La fédération des syndicats était contrôlée par le parti ouvrier de Guesde jusqu’au congrès de 1892 lorsqu’ une majorité s’est déclarée pour le recours à la grève générale, défendue par Aristide Briand, provoquant le départ de ses représentants.

 

Pour la Revue Blanche, cette phase est marquée par la jeunesse de l’équipe de rédaction d’une revue qui se considérait comme l’expression d’une génération littéraire et artistique désireuse d’exprimer ses talents.  Dans ces deux domaines, le symbolisme signifiait la liberté et l’anarchisme pour les plus violents comme le proclame Remy de Gourmont en juillet 1892, mais la revue n’est pas symboliste. Les rédacteurs de la revue se tiennent à distance de la politique, ils observent souvent avec ironie, ils se gardent bien, comme leurs collègues des revues aînées (Les Entretiens politiques et littéraires de Vielé-Griffin, le Mercure de France, La Plume), de  prendre Ravachol pour un héros, mais ils expriment une sympathie spontanée pour les gestes de révolte. 

Pilotée par Lucien Muhlfeld, lui-même résolument attaché au caractère exclusivement littéraire et artistique du périodique, on y trouve néanmoins quelques textes épars :

Ludovic Malquin, ancien condisciple des dirigeants à Condorcet, est le seul à plaider en deux articles («  L’anarchie », « Notes sur obéir ») pour une société anarchiste idéale. Ce jeune idéaliste souffrant d’un grave handicap, bénéficie d’un certain rayonnement.

Dans le numéro de mai 1893, Paul Adam signe une « Critique du socialisme et de l’anarchie » dans laquelle il renvoie dos à dos les deux doctrines et conclut par ce conseil à ses cadets : « Il serait donc dangereux, pour les jeunes hommes  d’intelligence voués à la politique d’adopter fermement l’une ou l’autre de ces conceptions ingénieuses mais trop liées à la nature même de la puissance gouvernementale qui nous choque ». Tel avait été aussi le ton de la conclusion du premier article de Léon Blum (juillet 1892). Quant à Muhlfeld, obligé de disserter un minimum sur les événements, il donne à son texte la forme d’un dialogue avec une interlocutrice et titre « Une dame me dit… » (décembre 1892) 

Barrès et Gourmont présentent le symbolisme libertaire en un article chacun.

Tristan Bernard qui a commencé sa collaboration par un article sur le caféconcert s’associe avec Pierre Veber pour rédiger un supplément, Le Chasseur de chevelures qui pratique la « gaîté de cabaret » du genre Chat noir..

 

2° 1894-1895 : répression, chroniques engagées et humour noir

 

Evénements : lois scélérates, arrestations en masse, fuite à l’étranger des directeurs des feuilles anarchistes et de personnalités qui se sentent menacées, procès des Trente conclu par un verdict d’acquittement des politiques, amnistie faisant suite à l’élection du président de la République après l’assassinat de Carnot..

Commentaires : voir l’article sur les lois scélérates. Emile Henry, auteur de deux attentats, a, pour la première fois, esquissé un raisonnement terroriste. L’assassin du président Carnot était un anarchiste italien, Caserio qui a sans doute été aidé comme l’avait été Henry. Ceci explique sans doute en partie le retournement des esthètes symbolistes.

 

Pour la Revue Blanche, la rupture est liée à l’ouverture de la chronique politique dont les deux premiers titulaires portent des pseudonymes (Ribeyre et Dalbert). Elle est également liée à la venue de Fénéon qui, devenu secrétaire de rédaction, publie des chroniques violentes, et introduit ses amis anarchistes.

-          Avec Fénéon, le personnage essentiel est Barrucand coauteur des « Passim »,  inventeur et promoteur inlassable de la campagne pour le pain gratuit, auteur d’un article sur Herzen et de la pièce Le chariot de terre cuite jouée par la troupe de l’Œuvre.

-          Zo d’Axa détache quelques pages de récit de son épopée.

-          Lazare fournit un chapitre de son livre sur l’antisémitisme, et surtout un portrait de Bakounine.

-          La « Critique des mœurs » de Paul Adam, rapatriée des Entretiens, fait souffler un vent turbulent quoique moins virulent. L’auteur expliquera plus tard qu’il avait été déçu par le renoncement des anarchistes à une révolution violente.

-          Sur un plan littéraire Le Fumier de Saint-Pol-Roux et un extrait de Tête d’or expriment un  anarchisme lyrique.

 

La tonalité est indiscutablement celle de la révolte anarchiste sans exposé doctrinal ; l’installation à la barre d’un personnage tel que Fénéon qui vient de s’illustrer au procès des Trente,  ne laisse aucun doute au lecteur. La première intervention anonyme de Fénéon, en mars 1893, est un appel aux attentats (la phrase d’ouverture est sans équivoque : « Les sciences sociales sont la philosophie, la sociologie, l’économie politique et la chimie »). Les « Passim » sont d’un ton en dessous, accompagnant la détente. Un article de Charles Andler, « La fin du capital » sur le dernier tome de l’œuvre de Karl Marx n’est pas de nature à rallier les lecteurs au marxisme.

Avec Jules Renard, Romain Coolus, Félix Vallotton et Lautrec Le Chasseur de Chevelures devient plus satirique avec un dernier article de Paul Masson intitulé « pensées anarchistes » (Masson se suicidera quelques temps après). L’humour devient humour noir avec NIB dont le titre évoque le nihilisme russe, justement mis en vitrine par Lazare et Barrucand. Ubu s’annonce.

 

3° 1896-1897 : la mémoire révolutionnaire et l’international

 

Evénements : massacres en Arménie (déclenchés en 1895), exécutions et tortures dans la prison espagnole de Montjuich, le Congrès de Londres.

Commentaires : l’Arménie et Montjuich jouent un rôle important dans la prise de conscience du tragique contemporain. Le congrès international de Londres scelle définitivement la rupture entre les socialistes marxistes et les syndicalistes noyautés par les anarchistes ; parlementaire, Jaurès, non sans remords, se solidarise avec les partis internationalistes malgré son enracinement dans le terreau ouvrier de Carmaux.

 

Revue Blanche : La mémoire de la Commune est servie par une enquête organisée par Fénéon qui constitue la publication marquante de ces deux années ; y figurent notamment les réponses de témoins fort connus dans le monde politique comme Rochefort, Lockroy, Vaillant, Allemane, Renard, Reclus, Grave, Louise. Michel, Bailly, Lissagaray, Nadar.

La mémoire révolutionnaire est entretenue par des inédits présentés par Barrucand : Rossignol, Choudieu

Paul Robin, ancien de l’Internationale, ayant fréquenté Bakounine et dirigé un centre d’enseignement avancé, fait la promotion du néo-malthusianisme, autrement dit du contrôle des naissances qui pèsent sur les classes pauvres.

 

L’analyse internationale s’enrichit :

-          Métin avec une série de cinq articles sur le socialisme anglais est le premier à titrer sur le socialisme. L’intérêt pour les institutions sociales anglaises avait été éveillé par les exils à Londres, la personnalité de Morris et ses productions, la perspective du congrès mondial. Par la suite Métin fournira des enquêtes sur d’autres pays et des chroniques des livres.

-          Tolstoï : en octobre 1895 et dans les mois suivants, plusieurs pamphlets de Tolstoï contre l’injustice sociale et le service militaire sont traduits, certains, par exemple « Contre le patriotisme », par le plus jeune des frères Natanson..

-          Saint-Cère, auteur de chroniques mensuelles sur la diplomatie française, publie le 1er janvier 1897 un article, sur le secret de l’instruction judiciaire, pratique dont il a été victime.

-          Rémy : membre du groupe des étudiants révolutionnaires fournit l’analyse du congrès de Londres.

-          Tarrida del Marmol fournit fin 1896 un  premier témoignage,  suivi d’une campagne appuyée par Alexandre Natanson, sur les tortures à Montjuich (voir l’article sur Tarrida).

 

Autres publications : au même moment :

- Publication de « Désobéir aux lois » (rééditions récentes sous le titre de « La désobéissance civique ») de Thoreau, bible des actuels faucheurs d’OGM.

- Début de la collaboration de Jarry avec « Le Vieux de la montagne » qui met en scène la secte des Assassins, prototype du terrorisme par meurtres ciblés.

- Apogée d’Ubu représenté en décembre 1896.

-Lettres de Malaisie de Paul Adam. C’est un roman d’utopie qui montre les dérives totalitaires et matérialistes d’une société collectiviste isolée dans la jungle.

 

4° 1898-1899 : le rassemblement transversal du camp dreyfusard 

 

Evénements : l’affaire Dreyfus, la création de la LDH, le Congrès socialiste de décembre 1899, victoire des Etats-Unis sur l’espagne.

Commentaires : au cours de ces deux années, la fracture entre révisionnistes (minoritaires parmi les dirigeants −seuls Allemane et Jaurès chez les socialistes, Faure, Pouget et Malato chez les libertaires −, mais nombreux parmi les militants)  et anti-révisionnistes, passe à l’intérieur des deux mouvements, masquant pour un temps leur antagonisme. La Ligue des droits de l’homme est dépourvue d’étiquette politique, d’anciens centristes, honnis des anarchistes sont placés à sa tête. Le congrès socialiste est une confrontation entre fractions socialistes,  Jaurès se faisant attaquer dès que l’affaire Dreyfus est apparue en voie de règlement judiciaire.

 

Revue Blanche : Il n’y a pas lieu de commenter ici les nombreuses publications purement dreyfusardes (par exemple Julien Benda ou Jules Renard). Indiquons seulement celles qui permettent de distinguer une inspiration socialiste ou anarchiste.

Les socialistes :

            Lucien Herr impose son autorité et une pensée constructive, socialiste sans le dire.

-          Blum analyse le procès de Zola et les lois scélérates en juriste, sans option politique autre qu’un sens fort de l’équité et de la liberté.

-          F. de Pressensé : son article de janvier 1899 contient l’annonce de sa conversion au socialisme.

-          Gaston Moch, technicien militaire et homme de méthode, conçoit l’armée d’une démocratie comme une armée de milice, autrement dit il recommande la remise des armes au peuple patriote. Sa proposition, inspirée de Gohier et de l’exemple suisse, peut-être même du programme social-démocrate allemand, est-elle d’inspiration socialiste ? Ce n’est pas certain mais elle est reprise par La Petite République, le journal de Jaurès et le mot milice figure cette fois en titre.

-          Péguy, chargé de la chronique politique, exprime avec passion un engagement de la revue pour un socialisme révolutionnaire, proche de l’anarchisme. Dans la série des quatre articles qui paraissent entre le 15 juillet et le 15 novembre, il s’exprime en tant que socialiste dreyfusard et jaurèsien contre l’alliance Guesde-Vaillant qui, eux, ont refusé de s’engager et  ont publié un manifeste contre Jaurès. Son analyse de la crise du parti socialiste − au singulier − est une dénonciation violente de cette trahison au nom de ce qu’il appellera plus tard une mystique. Comme il l’écrira dans les Cahier de la quinzaine, on l’a laissé faire, et même on l’a approuvé dans cette phase d’identification des camps. Mais qui est ce « on » ? Fénéon certainement qui détestait Guesde, mais derrière Fénéon sans doute les Natanson et Herr. Il n’en sera plus de même après le Congrès Japy, en raison de l’unité affichée et de la discipline, exigée par Guesde, à laquelle Jaurès avait consenti. Péguy retracera son interpellation par Herr : « Vous êtes un anarchiste. Je lui répondis que le mot ne me faisait pas peur ».Herr ajouta (toujours selon Péguy) : « Nous marcherons contre vous de toutes nos forces ».

 

Les anarchistes reconnus comme tels restent mobilisés par Fénéon avec des articles de :

-          Pouget

-          Quillard, Barrucand.

-          Gohier est un cas à part tant il est inspiré par sa haine des officiers et de l’église. Ses proclamations sur l’armée du peuple se réfèrent ouvertement à la Révolution, voire à la terreur. Son premier article sur l’armée de Condé stigmatise les descendants des émigrés. Voir l’article sur le procès de L’Armée contre la nation.

-          Malato prend le relais de Tarrida sur la fin de l’empire espagnol.

Les dessins de Hermann-Paul dans Le Cri de Paris sont plutôt libertaires, quelque peu populistes, le socialisme n’est jamais invoqué.

 

 

5° 1900-1903

 

Evénements : le gouvernement Waldeck-Rousseau avec participation d’un socialiste, la loi sur les associations, et les jalons vers la laïcité, le bloc des gauches, la formation du parti radical. Interventions en Chine, guerre anglo-boers.

 

Revue Blanche :

La revue soutient désormais le gouvernement et le pousse à tirer les leçons de l’Affaire. Le basculement vers le socialisme autour de Jaurès qui s’est produit insensiblement au cours des deux années précédentes est officialisé par le trio : Blum, Simiand et Paul Louis.

-          Blum indique la ligne dans ses deux articles du début de l’année, l’un pour démontrer que l’unité socialiste est en marche et qu’elle est révolutionnaire, l’autre pour réclamer que les congrégations irrégulières soient interdites d’enseignement. Au début de l’année suivante il achève la série et l’ouvrage des Conversations de Goethe avec Eckermann dans lequel il fait apparaître la conversion de son modèle au socialisme et exprime ses vues personnelles sur la famille, l’éducation…et un jugement sévère sur la philosophie (et non sur l’économie, il faut le souligner) de Marx.

-          Simiand, autre proche de Lucien Herr succède à Péguy et transpose, sans états d’âme, cette position, dans les chroniques de chaque numéro.

Paul Louis : parti tout d’abord des questions commerciales, Louis s’intéresse de plus en plus au mouvement syndical et aux luttes sociales et politiques dans le monde, soulignant les obstacles, les poussées nationalistes par exemple, qui retardent une harmonisation socialiste qui correspond manifestement à ses attentes. Dès le 15 janvier 1900, il fait sa chronique sur « La réaction antimarxiste ». Plutôt qu’un internationalisme marxiste pur et dur, ou un idéalisme jaurésien, ce sont des arguments pragmatiques qui fondent sa critique du colonialisme et de l’impérialisme. En politique intérieure, son Histoire du socialisme français publiée en 1901 se termine avant l’affaire Dreyfus : il y analyse la genèse des cinq courants socialistes, manifeste une estime un peu plus marquée pour Guesde, ne cite pas Jaurès et néglige complètement le mouvement anarchiste. L’unité lui parait inéluctable, les forces syndicales venant renforcer les partis regroupés.

-          Millerand et les réformes sociales des gouvernements Waldeck-Rousseau et  Combes  sont peu évoquées. La revue ne s’engage pas dans l’analyse du réformisme mais développe de nombreuses analyses sur la société, les méfaits de l’alcoolisme, de la prostitution, du cléricalisme…. La publication marquante est la préface de Millerand à l’enquête de Jules Chéret sur les réactions (hostiles, tant du patronat que des syndicats) à son projet de loi relatif à l’arbitrage des conflits sociaux.

 

Ce centrage sur Jaurès est bordé, vers le centre,  par des articles d’esprit libéral comme ceux de Robert Dreyfus, et à l’extrême gauche, par la sensibilité libertaire qui persiste: tout d’abord dans le Journal d’une femme de chambre  de Mirbeau publié en 1900 en feuilleton.

Un récit de Zo d’Axa décrit une sorte de gîte à Paterson (Etats-Unis) d’où partent des assassins de rois ou de dirigeants. Alexandre Cohen traduit les pensées de Multatuli.

Sur la lancée de l’affaire Dreyfus, la dénonciation des bagnes de l’armée est relancée par Dubois-Desaulle dans une série d’articles, puis dans un ouvrage : Camisards, peaux de lapin et cocos, et par Charles Vallier (Les conseils et la justice militaire) ; Gohier reste présent par une pièce (Le Ressort) et un ouvrage (A bas la Caserne)malgré son délire paranoïque Les chroniqueurs de la revue manifestent de l’intérêt pour les campagnes de Hervé, porte-parole de l’antimilitarisme.

L’Unique et sa propriété, ouvrage de référence de l’individualisme, est traduit par Lasvignes, l’un des collaborateurs les plus avisés de la revue sur la situation en Allemagne. Trois ouvrages de Tolstoï sur la nécessaire réforme sociale en Russie sont également publiés.

 

Epilogue : 1904-1906 : du pluralisme de gauche à la bipolarisation SFIO/CGT

 

Evénements Constitution de la SFIO, vote de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, fin du bloc des gauches, Charte d’Amiens.

Un an après la fin de la Revue Blanche (avril 1903), lancement de L’Humanité avec la collaboration d’une quinzaine d’anciens de la revue ; repli de ces intellectuels un an plus tard.

 

Permanences séculaires

 

La permanence de quatre caractéristiques de la gauche française est frappante un siècle plus tard :

-         le morcellement du parti socialiste en tendances doctrinaires et la difficulté de promouvoir un socialisme gestionnaire, réaliste au niveau national aussi bien qu’en proximité où il est plus à l’aise. Il y a souvent une dualité entre le secrétariat général et celui qui exerce le leadership moral : Ni Jaurès ni Blum n’ont été secrétaires généraux et Mitterrand ne l’a été qu’un temps à la tête de l’appareil.

-         l’importance à la gauche du socialisme d’une extrême gauche d’esprit anarchiste, utopiste, parfois antimilitariste. Les adhésions à ces mouvements sont fluctuantes avec parfois des mouvements d’adhérents entre l’extrême droite et l’extrême gauche. La société française est une société de défiance.

-         La méfiance des syndicats envers la démarche parlementaire, sinon la démocratie, s’exprime par une forte affirmation d’autonomie. L’anarcho-syndicalisme, né il y a plus d’un siècle, combattu très vite par des majorités réformistes puis par le communisme qui a réussi à inféoder la CGT, reste sous-jacent et constitue une tentation périodiquement résurgente. La fonction de mythe mobilisateur que Georges Sorel attribuait à la grève générale flotte toujours dans les esprits à la recherche de moyens de manifester et d’agir directement.

-         enfin la faible pénétration du terrorisme. Elle résulte probablement des traits précédents qui offrent des terrains d’expression plus divers que dans un système plus groupé et discipliné.

En ce premier semestre 2009, ces traits marquent le paysage politique comme en 1900 : il suffit de se reporter aux manifestations du premier mai.



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search here 05/01/2015 13:41

The anarchism and the socialism are the various facts that I have heard in different places. This is all in the history of the nation. All I know is the that the libertian spirit has ended up most of the socialism views.