Autour d'une traduction de Juhani Aho par Ivan Aguelli

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Par Denis Andro

 

 

 

            Un traducteur au tournant du siècle

 

            En juin 1900 paraît dans la Revue blanche un texte intitulée "La bienvenue Nuit d'hiver", de l'écrivain finlandais Juhani Aho (1861-1921). La traduction du finnois est signée Ivan Aguéli[1].

 

            Ivan Aguéli - nom d'artiste du Suédois John Gustaf Agelii (1869-1917) - est connu en Suède, où ses tableaux sont exposées dans les principaux musées et où il fait l'objet d'études, comme un précurseur de la peinture moderne[2]. Il est également considéré, par un courant de l'ésotérisme contemporain, comme un maillon-clef d'une lignée initiatique soufi: il aurait initié René Guénon à Paris en 1911 dans le milieu de la revue La Gnose à laquelle il collaborait  sous le nom d'Abdul-Hâdî[3]. Selon cette école, une doctrine traditionnelle "authentique" se diffuse ainsi en Occident[4].

 

            Cependant, quand il traduit Aho du finnois en français, il a presque cessé de peindre pour quelques années; et il n'est pas encore rattaché au soufisme - il ne le sera que plus tard, en Egypte - même s'il s'intéresse aux théories ésotériques orientales. Entre 1900 et 1902, il écrit des chroniques d'art dans l'Encyclopédie contemporaine illustrée[5] et un texte pour la revue occultiste l'Initiation de Gérard Encausse dit Papus[6]. Mais il revient également des Indes - second voyage en Orient après un séjour en Egypte en 1895 -, et participe au printemps 1900 aux côtés de Marie Huot, militante anti-vivectionniste radicale et néo-malthusienne proche des idées de Paul Robin [7], à une campagne contre la tauromachie - une cause chère aux libertaires; il tire même un coup de revolver sur un toreador en région parisienne, ce qui lui vaut de la prison préventive à Pontoise[8].

 

             Ce n'est pas sa première expérience de la prison: Aguéli a déjà passé quatre mois à Mazas en 1894, dans le cadre du "Procès des Trente" visant à prouver une "entente" entre anarchistes - en définitive acquittés - dans une France secoué par de spectaculaires attentats. Parmi les co-inculpés d'Aguéli figurait, avec d'autres noms de la presse anarchiste, le journaliste et critique d'art Félix Fénéon, qui sera ensuite secrétaire de rédaction de la Revue blanche (et qui le restera jusqu'en 1903)

Entre le peintre et le soufi apparaît un homme tour à tour - parfois simultanément - voyageur, inscrit dans des combats de son époque aux côtés d'anarchistes - la Libre Parole ne manque pas de mentionner sa condamnation en juillet 1900 -, ésotérisant, critique d'art et - avec ce texte - traducteur du finnois au français.

 

            Ce dernier aspect renvoie à son don des langues: il aura écrit au cours de sa vie, outre en suédois, en français, italien et arabe, et aussi appris, entre autres, l'hindoustani ou l'éthiopien à l'Ecole spéciale des langues orientales.  Mais s'il a traduit également des textes ésotériques de l'arabe, sa traduction d'Aho est la seule, semble-t-il,  d'un texte d'un genre littéraire. Elle fait donc figure d'exception dans ses travaux, et l'on peut s'interroger sur les raisons qui ont présidé à ce choix.

 

 

            Lumière et obscurité du Nord

 

            La publication dans la Revue blanche, en 1900, d'un texte d'un auteur finlandais s'inscrit dans le courant de curiosité pour la pensée et la création nordiques ou, comme on l'écrit en 1893, pour "le mouvement moral très particulier qui se manifeste en Scandinavie depuis une quinzaine d'années"[9], ainsi autour de pièces d'Ibsen - certaines sont montées à Paris, Les Revenants traduit du norvégien par Rodolphe Darzens[10] - et  de ses préoccupations pour le destin des femmes, ou avec la découverte de Kierkegaard. Des écrivains nordiques sont présentés dans la Revue blanche qui montre un intérêt croissant, au fil des livraisons, pour les lettres étrangères - les Norvégiens Knut Hämsun en 1893 ou Bjornstjerne Bjornson en 1897[11]. En 1899, une note de politique internationale alerte sur la situation de la "pauvre et triste" Finlande victime d'oukases de Nicolas II. Mais la traduction coïncide aussi avec l'exposition universelle, où la modernité du pavillon finlandais d'Eliel Saarinen est remarquée.

 

            Maints artistes scandinaves et finlandais viennent en France dès les années 1870 - dans la colonie d'artistes pleinaristes de Grez-sur-Loing, à Pont-Aven, à Paris. Elèves dans des académies (Julian, Colarossi) ou dans des ateliers, ils retournent l'été dans leur pays pour peindre en profitant de la lumière - ainsi fait Aguéli au début des années 1890 dans l'île de Gotland où il réalise ses "portraits en bleu" de jeunes filles.

 

            Quelques peintres nordiques de son entourage parisien: le Finlandais Werner Von Hausen, qui l'accompagne dans son premier voyage en Egypte; Carl Wilhelmson, qu'Aguéli a scandalisé un soir de 1895 par son apologie de l'anarchisme[12]; Magnus Enckell et Vaïno Blomstedt - finlandais eux aussi - influencés par le symbolisme, visiteurs des salons la rose-croix esthétique de Péladan chroniqués d'une plume acerbe par Thadée Natanson puis Félicien Fagus dans la Revue blanche; Olaf Sager-Nelson, Wilho Sjöström. Le Norvégien Edvard Munch est lui-même à Paris en 1890 et 1891. Aguéli sera, avec Thadée Natanson qui a vu ses oeuvres à Oslo en 1895,  l'un des rares critiques d'art à reconnaître son importance à l'occasion d'une exposition en 1896 aux Indépendants; il fait l'éloge du tableau "L'Enfant malade" qui "synthétise un drame de la vie humaine avec une si profonde émotion, que l'on sent que la mort y assiste en personne spectrale, comme un troisième acteur, caché "[13]. Enfin Strindberg, avec lequel il présente des analogies: tous deux ont publié dans la Revue blanche et dans l'Initiation et Strindberg délaisse aussi alors la création artistique pure  - pour l'alchimie [14].

 

            Les années 1890 voient le retour de ces artistes et l'essaimage du symbolisme, une fois passées leur jeunesse et leurs études parisiennes, dans leur pays. Mais intervient aussi un mouvement de redécouverte nationale - comme ces Finlandais qui s'engagent dans l'exploration de la terre et de l'"âme" finnoises, allant parfois jusqu'à s'installer, tel Akseli Gallen-Kallela, dans des maisons-ateliers d'artistes au bord de lacs ou au coeur des forêts. Avec sa femme la peintre Venny Soldan-Brofeld, Juhani Aho  - qui a lui-même fait un séjour à Paris au début des années 1890 - est une figure importante de cette tendance quand il s'installe, ainsi que d'autres artistes - dont Sibelius -, au bord du lac de Tuusula [15]. Le texte d'Aho peut lui-même être lu, de façon métaphorique, comme un appel à un retour à la Finlande, à l'hiver, à une nuit d'hiver "bienvenue".

 

            Or, c'est précisément durant cette séquence ou ce tournant qu'Aguéli traduit le texte d'Aho - lui qui, à l'opposé de ce programme nordique, entre Paris et Le Caire ou Aden, a cherché - il ne reviendra jamais vivre en Suède - dans la luminosité méditerranéenne le "paysage monothéiste". Comment expliquer ce paradoxe ? La clef de ce choix réside peut-être dans le texte même de Aho, qui entrerait en résonance avec ses préoccupations intérieures. 

 

            Une lecture symboliste ?

 

            Car le texte de Aho est - c'est là, on le sait, un trait des lettres nordiques -, d'un faux naturalisme: le paysage est simultanément réalité "objective" et scène intime. Comme dans la série des "Copeaux", pièces tombées de son oeuvre qui constituent des fragments littéraires autonomes[16], la nature est tout à la fois expérience quotidienne sensible, existentielle (elle confronte l'homme, dans sa solitude, à son destin), et nationale.

 

            La "bienvenue Nuit d'hiver" est construit sur l'opposition entre ces deux pôles "jumeaux" que symbolisent été et hiver. Aux deux saisons sont associés des environnements et des degrés de la luminosité, simultanément modes d'être intérieurs. Si l'été est clarté et vie, ouverture, il es aussi dispersion, fragmentation: "Tu ne me laisses jamais seul. Tu m'obliges à tout voir sous ton jour: ciel, terre, forêt, rivages, champs et prairies". Lié à la nuit et à l'obscurité, le "silencieux crépuscule d'hiver" est en revanche propice à une intériorisation des choses, à un sentiment ou, mieux, à un principe d'unité: "Le monde extérieur disparaît alors à mes yeux: j'oublie ses intérêts, qui dispersent l'âme, et ses aspirations confuses".

 

            Juhani Aho élit l'hiver et sa capacité d'ouverture intérieure: "Il me semble que j'entends sonner l'heure de la délivrance quand finit le jour d'été, et quand la nuit d'hiver commence". On comprend que cet état va au-delà d'une préférence esthétique ou de la simple inclinaison morale d'un écrivain qui a toujours mis l'accent sur une distance de l'individu à l'égard des villes et des foules: la nuit hivernale assume une propriété proprement symbolique, les formes qui barrent l'esprit tombent et "libérée, la pensée plane et s'envole vers des espaces qui sont siens". L'obscurité est, ainsi, éveil du dedans. Cette dimension s'accentue dans la progression du texte jusqu'à évoquer une "ténèbre resplendissante" et le "miroir d'une mer sans fond" qui "infuse de la paix et l'harmonie des grands abîmes". Aucune référence religieuse dans ce texte.  Aho ne décrit pas une expérience spirituelle ou mystique. Or, c'est peut-être précisément là, dans l'expression dépouillée de tout référent religieux d'une unité entre nature et individu, que le texte d'Aho rencontre, peut-être, les théories d'Aguéli sur l'art et l'ésotérisme.

 

             Ce dernier en effet a une haute idée de l'art comme vecteur ésotérique, dans une "perspective mentale" d'un ordre non religieux (il ne cessera, ainsi, d'être anticlérical) mais ouverte sur l'infini. En témoigne son acception du symbolisme, ainsi à propos de Daumier qu'il tient pour "réaliste" parce que "libertaire", mais aussi "symboliste, mais il faut s'entendre sur ce mot. Pour lui, tout peut devenir une fenêtre ouverte sur l'infini"[17]. Plus généralement, dans plusieurs textes, Aguéli distingue plus tard très nettement d'une part un art "sentimental", auquel il associe l'art religieux pour lequel ont opté certains contemporains dans la fragmentation du symbolisme - on pense évidemment à Emile Bernard, concepteur avec Gauguin du synthétisme, dont Aguéli a été l'élève en 1890, et qui revient à des formes plus classiques et décorera des églises, ou encore à Maurice Denis figure de proue des Nabis et chantre d'un néo-traditionnisme dès 1890 (art "sentimental" dans lequel il range également le futurisme); et,  d'autre part, un art "cérébral" proprement ésotérique qui "développe la sensation du temps immobile ou de l'Actualité permanente du moi extra-temporel et immarcescible"[18]. La notion de "Tradition" - une catégorie-clef dans le champ de la création et dans le domaine ésotérique de l'époque - est ainsi entendue différemment: "D'après les dires et les oeuvres des peintres "chrétiens" ou "néo-chrétiens", la Tradition ne serait, au fond, qu'un brevet officiel de fausses antiquités. Nous pensons autrement "[19].

 

            Autrement ?  Ivan Aguéli, dont les oeuvres - portraits, paysages - proposent un espace unifié; qui, en Egypte, n'a pas cédé aux poncifs de l'orientalisme, et a interprété le cubisme comme réalisant l'ouverture de l'espace amorcée par l'impressionnisme[20], est sans doute, dans sa recherche  moderniste d'un lien - comme avec le texte de Aho -  du symbolique et du monde naturel, un peintre de son époque, où idéalisme métaphysique et modernisme convergent: "Au point de vue de la Tradition et de l'ésotérisme, l'artiste c'est l'homme à la perspective mentale, l'homme qui a, pour ainsi dire, un soleil personnel créé exprès pour lui"[21].

 

            Au tournant du siècle et de sa propre existence, le texte de Juhani Aho que lui, Suédois de la bohème parisienne de la Belle-Epoque, traduit du finnois au français pour la Revue blanche à laquelle participe son ancien co-inculpé Fénéon, lui permet peut-être, à travers ce détour par la nuit hivernale du Nord, de se rapprocher de son propre "soleil". Quelque temps après, il repartira en Egypte où, en compagnie du médecin italien Enrico Insabato - lui aussi venu de l'anarchisme -, il participera à une revue italo-égyptienne à la ligne anti-colonialiste, pro-islamique et discrètement pro-italienne, Il Convito-Al Nâdî, écrit en italien et en arabe:  c'est là qu'il rencontrera le soufisme, Ibn Arabi et un nouveau cadre de référence y compris pour ses futures critiques d'art - mais dans une période de grande ambiguïté puisque, dans un jeu d'influences entre puissances coloniales, Insabato devient un agent de Rome, qui entend faire de l'Egypte la base arrière d'une pénétration "par consentement" en Lybie[22].                                                                      

 

 

 

 [1]               La Revue blanche n°169, 15 juin 1900. Réédité dans Nouvelles du Nord n°1, Ed. L'Elan, Nantes 1993.

[2]             Viveca Wessel: Porträtt av en rymd, Författartförlaget, 1988 (avec une biographie en français); Viveca Lindqvist: Ivan Aguéli 1869-1917, Centre culturel suédois, 1983 (brochure de l'exposition présentée à Paris du 11 mars au 24 avril).

[3]             Abdul-Hâdï: Ecrits pour La Gnose, préface de G. Rocca, Ed. Archè, Milano 1988. La revue est créée dans le cadre de l'Eglise Gnostique de Léonce Fabre des Essarts, poète symboliste, socialisant et occultiste.

[4]             La place faite à Aguéli dans l'histoire interne de ce courant de l'ésotérisme contemporain est paradoxale: il déconcerte, par ses pratiques anarchistes, un courant d'idées devenu plutôt réactionnaire; mais il est incontournable car supposé relier par la chaîne initiatique à la "Tradition".

[5]             "Exposition Daumier" et "Le Salon des Indépendants", articles signés Ivan, Encyclopédie contemporaine illustrée n°464, 20 mai 1901 (BNF).

[6]               "Notes sur l'islam", L'Initiation n°11, août 1902.

[7]               Sur Marie Huot: Christiane Douyère-Demeulenaere: "Les polémiques autour du traitement antirabique de Pasteur", Gavroche, n°128, mars-avril 2003.

[8]               Denis Andro: "Une page de la lutte contre la tauromachie à la Belle Epoque. L'attentat de Deuil du 4 juin 1900", Gavroche (à paraître).

[9]               B. Jeannine: "Sören Kierkegaad le moraliste danois", La Nouvelle Revue, novembre-décembre 1893, republié dans le Bulletin de la Société Sören Kierkegaard n°6, novembre 2008.

[10]            Jean-Jacques Lefrère: Les saisons littéraires de Rodolphe Darzens, Fayard 1998, p.178 et suiv. Darzens tient par ailleurs la chronique de poésie de l'Initiation (et Catulle Mendès celle de littérature).

[11]            Paul-Henri Bourrelier: La Revue blanche. Une génération dans l'engagement 1890-1905, Fayard 2007, sous-chapitre "L'accueil en France des écrivains scandinaves", p.298.

[12]            G. Rocca, préface aux Ecrits pour La Gnose, op. cit.

[13]          article signé Ivan G., Encyclopédie contemporaine illustrée, 10 mai 1896, cité par Arne Eggum: "Munch tente de conquérir Paris (1896-1900)", Munch et la France, Réunion des Musées Nationaux, 1991, p.199.

[14]          Strindberg publie en 1896 dans l'Initiation ainsi que dans l'Hyperchimiste, revue de l'alchimiste François Jollivet-Castelot - qui défendra un "communisme spiritualiste", sera pacifiste durant la Grande Guerre et, dans les années vingt, quelque temps membre du Parti communiste.

[15]          Laura Gutman: "La maison d'artiste finlandaise comme utopie moderne", L'horizon inconnu. L'art en Finlande 1870-1920, Musée national des beaux arts Ateneum, Helsinki 1999. Sur les liens d'Aguéli, cf p.173.

[16]          Juhani Aho: Copeaux, nouvelles traduites du finlandais par Maurice de Copet, 1929, réédition Ed. de L'Elan, Nantes 1991.

[17]          "Exposition Daumier", Encyclopédie contemporaine illustrée n°464, op.cit.

[18]            "Pages dédiées à Mercure", La Gnose n°1 et 2, janvier-février 1911. Sur Maurice Denis: "Définition du néo-traditionnisme", Art et critique n°65 et 66, 23 et 30 août 1890, repris dans Le ciel et l'Arcadie, textes réunis, présentés et annotés par Jean-Paul Bouillon, Hermann 1993, pp.5-18.

[19]          "La 29ème exposition des Indépendants", article signé Habdul-Hâdî, Encyclopédie contemporaine illustrée n°665, 30 juin 1913. [20]  Apollinaire remarque ce singulier défenseur des cubistes: "Le Suédois mahométan", Mercure de France, 1er septembre 1912, Oeuvres en prose complètes, III, Gallimard 1993, p.122.

[21]          "Sur les principes du monument et de la sculpture", Encyclopédie contemporaine illustrée n°661, 31 janvier 1913.

[22]          Nora Lafi: "Anna Baldinetti, Orientalismo e colonialismo. La ricerca di consenso in Egitto per l'impresa di Libia, Rome, Instituto per l'Oriente "C.A. Nallino", 1997, 199 p.", Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (en ligne), n°83-84 - Enquêtes dans la bibliographie de Jacques Berque, juillet 1998.

Publié dans La SOCIETE et la CITE

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Marianne Enckell 12/09/2009 09:14

Bonjour, j'ai trouvé cet article fort intéressant à plusieurs points de vue. Je me demande quand même si Aguéli a vraiment traduit du finnois: y a-t-il une attestation qu'il connaissait cette langue? “Tervetuloa talvinen pimeä” (1899) a été traduit en suédois la même année sous le titre "Välkommen vinternatt!" et Aguéli aurait fort bien pu partir de cette traduction... Je serais contente d'avoir plus d'informations.

Cécile Barraud 09/04/2009 14:07

La montée en puissance des littératures nordiques en France provoque une polémique assez vive parmi les revues, opposant les défenseurs du patrimoine littéraire national aux partisans d’un cosmopolitisme d’où pourrait enfin naître ce que le danois Georg Brandes avait appelé l’“esprit européen”. Si le débat est présent aussi à la Revue Blanche, la place importante des œuvres scandinaves y déborde largement le cadre des chroniques de littérature étrangère et révèle les affinités profondes qui unissent ces écrivains, Ibsen en particulier, avec l’esprit de la revue à cette époque, dont une nouvelle identité intellectuelle est en train de se constituer.