L'exposition de dessins politiques du Cri de Paris

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

De février 1897, date de sa création, à octobre 1901, date à laquelle Alexandre Natanson a, semble-t-il, cessé de le diriger personnellement, Le Cri de Paris, complément hebdomadaire de la Revue Blanche, a publié chaque semaine en double page intérieure un dessin politique de Hermann-Paul et en couverture, sous un bandeau rouge à la couleur aussi symbolique que son titre, un dessin sur l’actualité parisienne, parfois politique, d’un illustrateur connu : Félix Vallotton souvent, Roubille et Ibels fréquemment, et d’autres plus rarement. Les illustrations de la Revue Blanche sont beaucoup plus rares dans ces années, et, à l’exception de celles qui accompagnent l’Enquête sur la Commune, n’ont pas de contenu politique.

 


Les dessinateurs du Cri s’adressent à des lecteurs ordinaires de la classe moyenne, friands de scandales, plus faciles à toucher par l’image et l’anecdote que par les descriptions, les raisonnements et les chiffres souvent abstraits livrés par la revue. Il leur faut transposer, et ils le font souvent avec une force étonnante. Exceptionnellement, ils présentent une interprétation différente des événements : l’amnistie qui suit la grâce du capitaine Dreyfus en est un exemple.

 

En complément et comme illustration du colloque sur les combats républicains de la Revue Blanche, l’exposition présente donc une sélection de ces dessins politiques : soixante dix-huit  de Hermann-Paul sur quelques deux cent quarante, vingt-huit de Vallotton sur une quarantaine, et quelques couvertures illustrées par des dessinateurs moins fréquemment sollicités.

 

Les dessins de Hermann-Paul, en format 35x45 cm relativement grand, illustrent une suite de thèmes par des scènes souvent dialoguées. Ce qu’on connaît de la façon de travailler du dessinateur, et l’observation des dessins et des légendes, laisse penser qu’il travaille sur une idée proposée par Alexandre Natanson, ou parfois par l’équipe de rédaction, particulièrement Félix Fénéon, virtuose des formes brèves d’expression. Le directeur commun à la Revue Blanche et au Cri s’indigne ou s’émeut facilement, ses collaborateurs le savent, et le dessinateur partage avec eux les sentiments d’apitoiement, de mépris ou d’horreur que suscitent les petits abus locaux ou les grandes manifestations planétaires de barbarie. Dans ce milieu passionné de théâtre, l’imagination se met facilement à l’œuvre.

 

L’exposition regroupe ces dessins en trois ensembles : l’affaire Dreyfus qui se déroule en deux années dans une représentation dramatique scandée par les coups de théâtre, les autres scènes révélatrices des dessous de la vie politique intérieure, les manifestations de la barbarie mondiale. Dans ces trois domaines, l’histoire des iniquités de l’époque est en quelque sorte condensée devant nos yeux.

Le visiteur trouvera ci-après les dates de parution des dessins repérables par leur légende. L’ensemble de celles-ci mises bout à bout constitue une fresque historique vivante.

 

Vallotton est le grand illustrateur de la Revue Blanche, présent surtout par ses portraits ou masques. Grand artiste, il invente des contrastes et des rythmes, des simplifications de formes pour exprimer la violence ou le pittoresque des scènes, synthétiser les personnalités. Etranger en France, il se tient généralement à l’écart de la politique. Mais lorsqu’elle surgit, elle peut parfois donner lieu, comme dans quelques couvertures du Cri, à de grandes réussites graphiques. L’exposition replace ces réussites dans un échantillonnage de la diversité des ses contributions par des reproductions agrandies d’une trentaine de ses portraits parus dans la revue elle-même et de scènes de la vie parisienne des Rassemblements, badauderies parisiennes dont une sur le Palais Bourbon est commentée par Léon Blum.

 

Quelques autres dessins politiques illustrant les couvertures sont présentées : artistes anciens comme Braun et Couturier, dessinateurs de nouvelles générations comme Roubille, Jossot, Grandjouan et Iribe dont le style relève d’une conception moderne des dessins de presse et que l’on retrouvera à L’Assiette au beurre..

 

Plan de l’exposition 

 

Croix n°1 : Le Cercle de la Revue Blanche : panneaux sur la Revue Blanche et le Cri de Paris, l’engagement des intellectuels, Léon Blum et Félix Fénéon, portraits par Vallotton, portraits des leaders dreyfusards et de Dreyfus, le procès de l’Armée contre la Nation.

Croix n°2 : L’affaire Dreyfus vue par Hermann-Paul

Croix n° 3 : Vallotton : Agrandissements de dessins des Badauderies parisiennes, couvertures du Cri de Paris.

Croix n° 4 : Politique intérieure : dessins de Hermann-Paul, couverture du Cri par d’autres dessinateurs

Croix n° 5 : La barbarie dans le monde par Hermann-Paul

 

Projection du film sur Les Badauderies parisiennes et de l’interview d’Edwy Plenel sur La Revue Blanche, une génération dans l’engagement.

Publié dans L'exposition

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Hélène HAVOT-DARNEAU 02/10/2009 16:13


Bonjour,

Ne connaissant pas votre adresse internet, je me permets de passer par votre blog pour vous joindre plus rapidement.

Je me permets de vous re-contacter au sujet du Château de Guernon-Ranville où les Natanson séjournèrent au début du siècle précédent. Je prépare actuellement un article sur l'histoire de ce château
pour Wikipédia dans lequel j'évoque la présence d'Alexandre Natanson.

Auriez-vous la gentillesse de me communiquer ses dates de naissance et décès par émail à helene.darneau@gmail.com ?

Merci d'avance,

Hélène HAVOT-DARNEAU