La floraison des langues universelles

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Intervention de Jean-Claude Lescure, agrégé d’histoire, professeur des universités à l’université Pierre Mendès-France à Grenoble, chercheur associé au Centre d’histoire de l’Europe du XXe siècle. Thèmes de recherche : histoire culturelle, histoire des langues, Italie-France, familles politiques, histoire et médias.

A monté l’école de journalisme de Sciences Po, et a dirigé une collection d’histoire chez Hachette


Jean-Claude Lescure  commence par citer une phrase du général de Gaulle prononcée en 1962 : « Goethe, Chateaubriand n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé et écrit en un quelconque volapuk ou esperanto » et se réfère à deux ennemis déclarés de l’esperanto : Hitler et Staline. Si les manifestations de l’aspiration à une langue universelle remontent au moins à Descartes, c’est à partir de 1880 que les  projets fleurissent de façon étonnante : expressions de la première mondialisation, on en dénombre pas moins de cent quarante ! La première invention en date est celle du volapuk dû à Johann Martin Schleyer prêtre allemand. C’est une vraie langue, un anglais simplifié, qui se traduit par une série de publications, des cercles d’apprentissage, et aboutit en 1886 à un congrès décevant à Nuremberg. : les délégués ne se comprennent pas. Le relais est pris par le polonais juif Zamenoff, poussé par un verset de la Tora qui prédit la fin des malheurs avec celle de la malédiction de Babel, la pression des pogroms, la vague linguistique. Zamenoff publie en 1887 un ouvrage signé : docteur esperanto qui est diffusé dans un premier temps par les réseaux du volapuk ; des traductions, émanant souvent de polonais, sont publiées ; Gaston Moch, qui a appris le volapuk est un des cinq « apôtres » qui répandent l’esperanto en France. Le besoin d’une langue de communication sont alors de plus en plus fortement ressentis par les scientifiques et les commerçants, les milieux catholiques, les franc maçons, tandis que les militaires sont confrontés pour la première fois aux défaillances de la chaîne de commandement du corps commun des six armées d’intervention en Chine,. Ainsi se manifeste une Europe transnationale de l’esperanto qui tient en 1905 à Boulogne sur mer un premier congrès et réussit sa démonstration puisque les participants communiquent entre eux sans difficulté. Les milieux diplomatiques français, qui voient leur langue, jusque-là dominante, supplantée par l’anglais dans une conventions, commenceront à réagir au cours des années suivantes : l’esperanto sera interdit dans les casernes avant même le déclanchement de la guerre qui marquera un coup d’arrêt.

Publié dans La PAIX et l'ARMEE

Commenter cet article