Les frères Clemenceau et le procès de "L'Armée contre la nation"

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Communication de Michel Drouin, secrétaire de la société internationale d’histoire de l’affaire Dreyfus, spécialiste de Suarès et de Clemenceau, grand prix de la critique. Drouin a dirigé L’Affaire Dreyfus de A à Z, et l’édition en cours des articles de Georges Clemenceau. Il est le petit-fils de Marcel Drouin, ami et beau-frère de Gide, collaborateur de la Revue Blanche, un des fondateurs de la NRF. Prépare actuellement une édition de la correspondance entre André Gide et Marcel Drouin.


RESUME

Michel Drouin se déclare très flatté de parler des frères Clemenceau dans cette salle qui porte son nom : Il est temps de redécouvrir en sa totalité la carrière exceptionnelle de Georges Clemenceau, député puis sénateur, qui n’est connu de beaucoup que par son rôle dans la Grande Guerre. La publication de sa correspondance y contribuera comme celle, soutenue par le sénat, d’une partie de son immense œuvre de journaliste − sur laquelle une recherche bibliographique a enfin été lancée alors qu’une décision inique de Vichy l’a éliminée des bibliothèques publiques. Quant à Albert, son jeune frère, envers lequel il avait un attachement particulier, aucune étude ne lui a été encore consacrée, et les archives sont curieusement vides.


La Revue Blanche a exprimé son admiration envers Georges Clemenceau, notamment par la plume de Léon Blum qui n’hésitait pas à le placer comme orateur devant Jaurès dont il était pourtant le disciple.

L’événement qui a cristallisé les liens est le procès d’Urbain Gohier, personnage dont il faut oublier ce qu’il deviendra après 1900− odieux, paranoïaque, insensé. Le parcours de cet assoiffé de reconnaissance passe par une phase de royalisme révolutionnaire, puis quelques pamphlets dont un, L’armée nouvelle, soutient brillamment la proposition de réduire la durée du service militaire, et enfin le moment de l’affaire Dreyfus : Gohier signe alors  eux articles dans la Revue Blanche, « Le Péril », et « L’armée de Condé » qui prend  alors à partie les officiers descendant des émigrés, procédé qui choque les dreyfusards modérés, tandis que Clemenceau, exceptionnellement élogieux, et Jaurès approuvent. En octobre les Editions de la Revue Blanche publient L’Armée contre la nation, recueil des articles de Gohier parus dans L’Aurore qui provoque un scandale. Sous la pression du sénat, Freycinet, ministre de la guerre, d’une intelligence remarquable mais faible devant les militaire, et Locroy, ministre de la marine, libéral de gauche, anciennement codétenu de Clemenceau, finissent par poursuivre à contrecoeur Gohier et Alexandre Natanson, cédant à la demande du sénat tandis qu’à la Chambre le livre est défendu par Eugène Fournière et Edouard Drumont. Le procès se déroule bizarrement, sans incident, dans une atmosphère très Belle Epoque, aucun témoin n’étant cité par l’accusation tandis que la défense fait témoigner Pelletan, rapporteur du budget des armées qui déclare ne rien y comprendre, Mirbeau qui condamne le procédé qui  consiste à découper des phrases pour fonder l’accusation…. Après s’être adressé à Jaurès qui n’a pas reçu l’autorisation nécessaire, Gohier a choisi comme avocat Albert Clemenceau qui plaide habilement pendant six heures. Le verdict d’acquittement, rendu à une large majorité, sera salué par de beaux articles de Mirbeau et de Péguy et tout se terminera par un grand banquet.

 

Publié dans La PAIX et l'ARMEE

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