L'unité socialiste

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Intervention de Claude Estier, journaliste et homme politique, ancien président du groupe socialiste au Sénat, auteur de : Un combat centenaire, 1905-2005, histoire des socialistes français (2005); J’en ai tant vu, Mémoires (2008)


Claude Estier souligne que l’histoire du socialisme dans les années 1900 tient particulièrement à cœur du militant socialiste qu’il est,. L’époque de la Revue Blanche est en effet celle d’un formidable foisonnement des idées socialistes, foisonnement qui s’est traduit par des regroupements et des scissions accompagnés de débats passionnés. Le premier congrès de l’unité, celui de la salle Japy en décembre 1899, auquel on s’est référé au cours du colloque, a rassemblé deux des principales fractions qui s’étaient séparées deux ans plus tôt au début de l’affaire Dreyfus, Jules Guesde estimant que les socialistes n’avaient pas à s’occuper du sort d’un officier issu de milieux bourgeois, Jean Jaurès considérant que la justice primait sur tout autre considération. L’entrée d’un socialiste, Millerand, dans le gouvernement de Waldeck Rousseau avait ensuite cristallisé les oppositions.

Après cette première tentative d’unification, les affrontements ont continué entre le Parti Socialiste Français animé par Jean Jaurès et le Parti Socialiste de France de Jules Guesde et d’Edouard Vaillant. Ainsi aux élections de 1902, se sont-ils présentés en concurrence, Jaurès obtenant d’ailleurs le plus grand nombre de sièges. Il faudra finalement la pression de la 2e Internationale réunie à Amsterdam en 1904, qui a sommé les socialistes français de se réunir, pour que la fusion se fasse enfin en 1905 à la salle du Globe. La SFIO, qui en est issue, a rapidement été considérée comme le parti de Jaurès car Vaillant qui était le plus âgé s’est plus ou moins retiré et Guesde est tombé malade. L’assassinat de Jaurès en 1914 bouleversera cette situation.

On s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles Blum s’est écarté de l’action militante après avoir quitté L’Humanité en 1905 : était-il en désaccord avec Jaurès ? Interrogé, son fils Robert a, bien plus tard, expliqué que Blum ne se considérait pas alors comme un militant, la meilleure preuve étant qu’il s’était refusé, malgré les sollicitations de Jaurès, à se présenter aux élections de 1906. Ce n’est qu’après la guerre qu’il est entré en politique.

Journaliste au Populaire, Claude Estier a eu la chance de connaître Léon Blum en 1947, car, retiré de la politique, celui-ci venait tous les jours à son bureau du journal tenir une petite réunion de rédaction, montrant toujours un intérêt passionné pour les affaires internationales.

 

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