Péguy de la Revue Blanche aux Cahiers de la quinzaine

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Communication de Géraldi Leroy, professeur de littérature contemporaine à l’université d’Orléans, spécialiste de Péguy, auteur notamment de Péguy entre l’ordre et la révolution, La Vie littéraire à la Belle Epoque, Batailles d’écrivains : Littérature et politique 1870-1914. éditeur des tomes 1 et 2 des Oeuvres politiques et historiques de Simone Weil.

RESUME

Géraldi Leroy indique que les circonstances de l’entrée de Péguy à la Revue Blanche ne sont pas connues avec précision, mais il y a toutes raisons de penser que Lucien Herr, auquel Péguy était étroitement lié, en a été l’instigateur. Si l’attention de Péguy avait déjà été appelée sur la revue par l’Enquête sur la Commune et un article de Charles Andler sur le marxisme, la convergence était beaucoup plus générale : défense de Dreyfus, esprit libertaire et anarchiste exprimé par de nombreux collaborateurs de la revue− Malquin, Adam, Fénéon, Lazare, Barrucand −, et que Péguy revendiquait volontiers, mobilisation de la revue pour la cause arménienne qui assombrira la vision socialiste de Péguy. Péguy et la Revue Blanche avaient d’ailleurs évolué parallèlement, allant de l'anarcho-syndicalisme (exprimé par Léon Rémy au congrès de Londres en 1896) au socialisme réformiste de Lucien Herr et Jean Jaurès. Cependant les seize contributions fournies par Péguy, de longueur inégale, couvrant les grands événements, se distinguent par un ton qui leur est propre, pugnace, ne répugnant pas à « faire des personnalités » c’est-à-dire à se livrer à de vives attaques, alors que les autres rédacteurs comme Benda se distancient. Moraliste intransigeant, il prend à partie les antidreyfusards, les radicaux, les socialistes qui ont refusé de s’engager, les prudents comme Lavisse. L’esprit de ces chroniques est à la fois clairement anarchiste - contestation de l’armée, de la valeur de l’élection…- et jauressiste : dreyfusisme, reconnaissance de l’héritage révolutionnaire, soutien à l’entrée de Millerand dans le gouvernement de défense républicaine.

Le départ de Péguy, exactement un an après son entrée, résulte de ses déboires à la tête de la librairie Bellais, du refus de la tutelle exercée par Herr et son groupe à partir de l’automne 1899 et son rejet des décisions du congrès socialiste de décembre 1899 posant les modalités de l’unité sous la domination des guesdistes. Cependant Péguy restera un lecteur attentif de la Revue Blanche, et en général favorable. Font exception sa réprobation de la publication du Journal d’une femme de chambre et sa critique des notes de son successeur François Simiand approuvant l’amnistie et incitant le Gouvernement à un anticléricalisme rigoureux.

En résumé, son passage à la Revue Blanche a été un moment important du parcours de Péguy. Les Cahiers de la quinzaine ne sont pas la continuation de la revue, mais un certain esprit Revue Blanche n’a cessé de souffler sur eux.

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