L'Antisémitisme en 1900

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Communication de Bertrand Joly, professeur à l’université de Nantes, spécialiste de l’histoire de l’antisémitisme. Dernier livre paru (2008) : Dictionnaire biographique et géographique du nationalisme français


RESUME
Bertrand Joly examine les diverses motivations de l’antisémitisme en 1900 : la cause principale est le sentiment d’échec, un manque d’insertion sociale entraînant la peur du déclassement, la haine du changement, la méfiance de la modernité et la mythification du passé. On peut distinguer plusieurs antisémitismes : − social, qui lie capitalisme et banques juives, −religieux, reposant sur le mythe du peuple déicide qui se traduit par la rumeur que les Juifs veulent détruire la vieille France catholique, − politique, arme contre la gauche qui a donné la nationalité française aux Juifs, − culturel, qui pointe l’influence juive dans la presse et insiste sur la névrose inspirant les mouvements décadents, − racial, théorisé dans l’affrontement millénaire entre le sémite et l’arien. Ces catégories se mélangent, certaines formes aidant à en dissimuler d’autres. Les militants, en petit nombre mais très bruyants, ont comme moyen : la presse avec La Libre parole,  journal de Drumont fondé en 1892 dont le tirage montera jusqu’à 200.000 exemplaires, entouré d’une nuée de petites feuilles ; les ligues, dont la principale est la ligue antisémitique française de Guérin, escroc qui obtient un financement du parti royaliste. Un petit groupe de députés, formé après les élections de 1898, n’aura pas de consistance, faute d’un meneur.  Drumont n’en a pas les qualités et interdit à d’autres de l’être, tandis que les querelles internes minent le groupe et dégénèrent parfois. Finalement, sous la surveillance des partis de droite, Drumont aura réussi à exercer une influence importante mais non structurée. Le débat reste ouvert sur sa portée : l’antisémitisme d’élimination n’est pas significatif, tandis que l’antisémitisme d’Etat qui demande d’exclure les Juifs de fonctions publiques trouvera son débouché sous le régime de Vichy ; l’antisémitisme de mépris est le plus insidieusement répandu. En face, la lutte contre l’antisémitisme est molle, d’abord par respect de la liberté d’expression si difficilement conquise, mais aussi parce que l’indignation n’est pas très forte et prête parfois à confusion, comme dans la « Protestation » de la Revue Blanche qui rapproche les antisémites des anciens Juifs. L’époque n’était pas vraiment consciente de la nature et des potentialités de ce phénomène.

Publié dans La SOCIETE et la CITE

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