Une critique des mœurs de la Belle Epoque

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Communication de Cécile Barraud, enseignante, auteur d’une thèse de littérature: La Revue Blanche, la Critique littéraire et la littérature en question soutenue en 2007.

RESUME

         C’est avec la « Critique des mœurs » que la Revue Blanche, en 1894, se lance dans la lutte contre les défenseurs de la morale publique ; initiée par Paul Adam, cette chronique entend démontrer la fausseté des valeurs reçues et renverser, par une critique à la fois déclamatoire et séditieuse, l’ordre établi des conventions morales auxquelles on cherche à soumettre la société du temps. Les « Critiques des mœurs » donnent le ton des combats des revues d’avant-garde — de la Revue Blanche, mais aussi du Mercure de France ou de La Plume — contre les lois hiératiques qui menacent de figer les comportements, qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, abordée à plusieurs reprises par Paul Adam notamment ; des homosexuels, dont les critiques de revues, en prenant parti dans l’affaire Oscar Wilde, mettent en évidence la supériorité intellectuelle, jugée nécessaire à l’équilibre social ; ou de la situation des femmes et des combats féministes, sur lesquels des articles audacieux, souvent paradoxaux, ne cessent d’attirer l’attention.   

 

 NOTE SUR PAUL ADAM

 

Né à Paris en 1862, Paul Adam a vingt ans lors du krach de l’Union générale, événement qui le conduit au socialisme et à la lecture de Marx, Proudhon et Bakounine. Il collabore à La Revue indépendante puis, en 1885, publie en Belgique son premier roman, Chair molle, « roman naturaliste » qui lui vaut une condamnation à quinze jours de prison avec sursis ainsi qu’une lourde amende. Il rejoint ensuite la mouvance symboliste et contribue notamment au Symboliste et à La Vogue ; après Soi, il écrit Le Thé chez Miranda et Les Demoiselles Goubert avec Jean Moréas, puis il publie Le Petit Bottin des Arts et des Lettres (avec Félix Fénéon), le Petit glossaire pour servir à l’intelligence des auteurs décadents et symbolistes (sous le pseudonyme de Jacques Plowert) et Être. C’est également de cette époque que date sa passion pour l’occultisme et ses liens avec Stanislas de Guaita. Rallié au boulangisme à partir de 1889, il devient secrétaire de Maurice Barrès dont il soutient la candidature, avant de se présenter lui-même comme député socialiste-révisionniste dans la circonscription de Nancy. Cette période coïncide avec l’écriture de la trilogie des Volontés merveilleuses. Dans Le Mystère des Foules, paru en 1895, perce l’amertume de son échec politique ; le récit de la campagne électorale dénonce les manœuvres frauduleuses et la facilité avec laquelle les foules se fourvoient. En 1891, il prend la direction, aux côtés de Francis Vielé-Griffin, des Entretiens politiques et littéraires puis entre à la rédaction du Journal l’année suivante. La période de 1892 à 1894 est résolument anarchiste — c’est en juillet 1892 que les Entretiens politiques et littéraires publient son “Éloge de Ravachol”. L’écrivain se distingue par son exceptionnelle prolixité littéraire : à la trilogie de L’Époque (1891-1892) succèdent en effet des pièces de théâtre, contes, nouvelles et une série de romans, dont Les Cœurs nouveaux et La Force du Mal, publiés en 1896. En 1898, il rejoint le camp dreyfusard et compose la tétralogie du Temps et la Vie. Les Lettres de Malaisie, d’abord livrées à la Revue Blanche entre le 1er novembre 1896 et le 1er mai 1897, paraissent en 1898 aux éditions de la revue. Au cours des premières années du XXe siècle, Paul Adam devient réformiste et nationaliste et publie divers ouvrages sur la guerre.

Collaborateur assidû de la Revue Blanche, à laquelle il apporte trente-sept contributions entre 1892 et 1902, Paul Adam signe des textes extrêmement divers, de la chronique à la fiction, et fait lui-même l’objet d’un nombre considérable de commentaires.

 

 

La question des « mœurs » est une question « brûlante », pour reprendre le titre d’un article publié par Rachilde dans la Revue Blanche au moment de l’affaire Oscar Wilde. Le déferlement du  roman de mœurs en témoigne, à tel point que le genre a fini par caractériser la fin de siècle. Le mariage, l’adultère, la sexualité, l’éducation, la prostitution[1] deviennent les thèmes de prédilection d’une littérature qui préfigure ce qu’institutionnaliseront la sociologie et l’anthropologie. Non, cependant, sans une certaine indécision dans les termes ; on croit alors que la dégénérescence de la population menace la France de disparition et les militants pour les « bonnes mœurs » font feu de tout bois. Comme l’écrit Philippe Hamon dans son Dictionnaire thématique du roman de mœurs, on ne compte plus les sous-titres de romans précisant le terme « mœurs » — parisiennes, de province, militaires, conjugales, contemporaines, — qui traduisent le caractère foisonnant et souvent éclectique de la notion :  « l’ensemble diffus et abstrait, selon Philippe Hamon, souvent non localisable ni explicité, des normes et des valeurs — cela peut aussi s’appeler l’idéologie — qui gouvernent une société[2]. »

 À question d’actualité, actualisation du lexique, la lutte pour les « mœurs » passant aussi par la langue[3]. Le mot « licence » est l’un des termes clés du champ lexical de l’individualisme — on le retrouve chez Barrès (Toute licence sauf contre l’amour) — et  plus généralement sous la plume des critiques de revues qui lui confèrent une charge sémantique inversement proportionnelle à la valeur péjorative de « dérèglement des mœurs » que lui attribuent communément les défenseurs de la morale publique. Le sénateur René Bérenger, instigateur d’une campagne longue en faveur de la répression des outrages aux mœurs et fondateur de la « Ligue contre la licence des rues », qui lui vaut le surnom de « Père la Pudeur[4] » est, selon La Plume, « l’homme de toutes les licences[5] ».

Si la Revue Blanche ne publie pas à proprement parler de « romans de mœurs », sauf parodiques — à en croire les critiques littéraires, ceux-ci s’approcheraient en effet dangereusement du roman « mondain » — la question des mœurs y occupe une place relativement large, entre 1895 et 1896 surtout ; la comparaison avec les revues contemporaines permet de comprendre comment la Revue Blanche parvient à s’inscrire contre le champ des croisades morales de la fin de siècle et, si l’on suit la distinction établie par Géraldi Leroy dans ses Batailles d’écrivains, comment ses auteurs et critiques, de « témoins de leur temps », sont devenus « acteurs de leur époque[6] ».

 

1. Critique des mœurs

À la Revue Blanche, la notion de « lutte » ne va pas de soi, les fondateurs ayant déclaré, dès le second numéro, ne pas vouloir faire de leur périodique une « revue de combat[7] ». En janvier 1894 pourtant, est inaugurée la « Critique des mœurs », rubrique créée par Paul Adam aux Entretiens politiques et littéraires et reprise à la Revue Blanche — d’une plume beaucoup moins anarchiste — avec l’objectif de « se ruer contre les mœurs et les institutions ». La question de la libéralisation des mœurs y est abordée sous un angle original et discursivement efficace ; les « mœurs », criticables, sont d’abord un objet de critique, avec tout ce que le terme sous-entend de décomposition. Il s’agit d’une perspective qui, au demeurant, ne contredit pas la proposition inaugurale de la Revue Blanche de faire porter tout le poids des « raisonnements » publiés sur « leur valeur d’humanité, et plus encore [sur] leur valeur de logique », donc de se placer du côté du logos plutôt que de l’action. La « Critique des mœurs », menée d’une plume passablement virulente, subversive et souvent paradoxale, se fonde sur le principe selon lequel il faut « favoriser la vie », programme qui n’est réalisable que si l’on éradique tous les facteurs délétères, et essentiellement une Morale importune. La chronique s’applique donc à établir, fût-ce au prix d’une logique parfois outrancière, le caractère fallacieux des principes qui régissent les comportements.

La « Critique des mœurs » du 15 octobre 1895, intitulée « Des Enfants », cherche ainsi à prouver que « tous les vices foisonnent dans l’âme de l’enfant », que les enfants sont de « terribles animaux que l’homme engendre » ; ainsi, poursuit Paul Adam, « Aimons-les comme des infirmes méchants, sans nous confier à l’excellence prétendue de leurs âmes ». Et il conclut : « Méfions-nous d’eux[8]. » La perversité est d’ailleurs montrée comme un trait général de l’enfance ; la chronique du 1er novembre 1895 met en scène, sous forme de dialogue, un père qui cherche à faire avouer à sa fille la lascivité qu’a pu éveiller chez elle la lecture de La Belle au Bois Dormant : « Je devine ce qui peut grouiller d’ignoble dans l’âme d’une petite fille comme toi », assène-t-il, avant de la répudier en énonçant l’un des principes — presque un commandement — de la « Critique des mœurs » : « Aie le courage de tes vices. Ne les masque pas avec les convenances pour mieux leurrer autrui, et sacrifier à ton aise ensuite, une fois cachée, la vertu extérieure au crime secret[9]. »

Le caractère quelque peu déconcertant de tels propos jette cependant une lumière crue sur une question qui occupe alors les esprits. Au cours des dernières années du siècle, l’enfant fait en effet l’objet d’un processus d’individualisation, devient une catégorie politique et un enjeu de stratégies sociales. Sujet épistémologiquement non encore exploré par les différentes disciplines de la pensée, il est placé au centre de discours nouveaux (économiques, médicaux, éducatifs, juridiques), ce qui s’explique par la préoccupation pour la situation démographique de la France après 1870, l’enfance devenant une question d’intérêt national. Des mesures sont prises, en faveur de l’instruction notamment (loi Ferry de 1882 : école laïque, gratuite, obligatoire) et les droits de l’enfant apparaissent, matérialisés par des lois (la loi Roussel de 1889, dite « de protection des enfants maltraités et moralement abandonnés » donne possibilité de prononcer la déchéance de l’autorité paternelle en cas de mauvais traitements[10]). Au moment même où les journaux relatent des histoires d’enfants martyrs qui frappent l’opinion, Paul Adam donne une représentation profondément négative de l’enfant comme être néfaste, dont la nature purement instinctive est susceptible de justifier la maltraitance dont il est l’objet (la père traite sa fille d’ « ordure » et de « catin », dans la chronique évoquée plus haut[11]). Qu’il s’agisse d’une réaction à la politique démographique « patriotique » ou d’un exercice sophistique visant à mettre en évidence le caractère fallacieux des raisons alléguées pour la promotion de l’enfance, la posture de Paul Adam focalise l’attention sur une question qui modifie profondément les  mœurs de la société du temps. Il ne faut pas oublier, en effet, que la loi de 1889 constitue une rupture avec l’antique notion romaine de « patria potestas », ce que de nombreux observateurs de l’époque vont ou approuver, ou dénoncer. Le père dont il est question ici invoque volontiers son autorité d’« annonciateur de la vérité vitale[12] ».

            Ces chroniques, qui donnent une idée de l’esprit des « Critiques des mœurs », en disent beaucoup sur la manière dont est alors appréhendée la lutte pour les mœurs dans les pages de la Revue Blanche ; la posture de Paul Adam doit être tenue pour telle (la Revue Blanche, en effet, publie plusieurs articles pour critiquer les pédagogues et prôner les droits des enfants, par la plume d’Henri Roorda van Eysinga notamment) et elle ne vaut pas tant pour son contenu que pour la manière dont elle s’énonce. La notion de contestation fait en effet ici moins référence au paradigme révolutionnaire qu’à un écart avec les discours reçus. Avec la « Critique des mœurs », la Revue Blanche s’affiche nettement comme un espace conflictuel qui se détache de son temps, la critique constituant d’abord une mise en cause : la lutte consiste ici à s’inscrire contre ce qui tend à unifier le temps (la Morale) et à se libérer de ce que peut avoir d’accablant cette uniformité. L’acte d’écriture de la « Critique des mœurs », aussi personnel soit-il, n’est pas produit isolément ; à partir du collectif de la revue, il déstabilise et rompt avec l’homogénéité imposée pour signaler l’entrée en dissidence.

Dissidence qui sera aussi celle de Léon Blum sur le même sujet. L’une des « Nouvelles Conversations de Gœthe avec Eckermann », datée du 2 juillet 1900, fait état d’un idéal d’éducation selon les « lois naturelles », hors de « l’amour exclusif et passionné », donc égoïste, de la famille, et loin de l’autorité paternelle. La naissance de l’enfant ne dépendant pas de notre « volonté libre et réfléchie » mais des « fins obscures » de la nature, le père ne saurait prétendre être le « maître » de son enfant : « Quiconque aura porté là-dessus sa pensée le reconnaîtra avec moi : tous les enfants sont à la nature, à l’humanité ; tous les enfants sont à tous les hommes. » D’où il s’ensuit que « nos devoirs envers nos enfants ne sont, sous cette forme particulière, que nos devoirs généraux vis-à-vis de l’humanité dont nous sommes une part solidaire ». Ce qu’il faut garder à l’esprit en matière d’éducation, ajoute Blum, « ce n’est pas du tout nos enfants, mais qu’un jour tous ces enfants devenus grands seront les gérants responsables de cette terre[13] ». Beaucoup de ceux qui répondent à l’ « Enquête sur l’Éducation », publiée par la Revue Blanche le 1er juin 1902, rallient d’ailleurs cette position et mettent en avant le fait qu’ils pensent ne devoir leur personnalité qu’à eux-mêmes, ainsi que le résume Léopold Lacour : « Le meilleur des enseignements est celui de l’individu par soi, par ses lectures, ses réflexions, sa volonté[14]. » À côté de l’enseignement religieux, clairement condamné, l’éducation par la famille est à peine évoquée, si ce n’est par Lucie Delarue-Mardrus, qui en donne une vision quasi idyllique. 

 

             

2. L’homosexualité, la « loi morale » et la « loi civile »

La question des mœurs relève en outre de ce rapport particulier au temps qu’est l’actualité. Ce temps “en acte” s’oppose en effet au temps “virtuel” qui est habituellement celui de la revue, plus soucieuse de savoir que d’information, donc vouée, par nature, à un temps long. L’approche de l’actualité semble par conséquent plus problématique que celle du savoir ; mais elle est aussi, comme celle du savoir, une question de mise à l’épreuve. Le traitement de l’affaire Oscar Wilde en constitue un exemple.

Plusieurs articles paraissent à la Revue Blanche, signés de plumes diverses[15]. Néanmoins, parmi toutes les réflexions auxquelles l’affaire donne lieu, un aspect en particulier, ayant trait à la question de l’homosexualité dans son ensemble, retient l’attention.

Une « Critique des mœurs » intitulée « L’Assaut malicieux » paraît le 15 mai 1895, dans laquelle Paul Adam, suivant le principe inépuisable du syllogisme, plaide en faveur de l’écrivain. Des exemples pris dans l’histoire militaire lui permettent d’introduire et d’étayer son propos : au temps de Xénophon, les « armées d’amants étaient invincibles », or, les « préjugés d’honneur » de nos sociétés barbares s’appuient sur la valeur du soldat, donc Oscar Wilde aurait dû être porté aux nues par les défenseurs du patriotisme. Fort de cette entrée en matière, le chroniqueur poursuit son raisonnement par un parallélisme visant à montrer que l’adultère entraîne des conséquences sans commune mesure avec la faute commise par l’écrivain : on valorise la moralité, l’adultère n’est pas moral, pourtant on l’idolâtre (au théâtre, en littérature) ; c’est donc qu’on le considère comme moral. Or, la relation entre Oscar Wilde et Alfred Douglas est moins préjudiciable que l’adultère, car elle est d’ordre spirituel ­— Alfred Douglas ayant seulement voulu approcher « l’esprit maître » de l’écrivain — la morale est donc sauve. Paul Adam insiste même sur la nécessité pour une société de compter de telles « âmes d’élite », des « hommes d’intellectualité majeure ». Tout le discours consiste donc, ainsi qu’il l’écrit lui-même, dans « l’habileté déductive » : « Si nous invoquons la seule justice, il n’est point d’hésitation à connaître. Entre l’adultère et le pédéraste, c’est au second que doit échoir notre indulgence. Il lèse moins. » Le paradoxe, au fond, fait figure de bon sens, puisqu’il permet de mesurer le caractère relatif de la faute. Mais il conduit finalement moins à défendre la cause de l’écrivain qu’à jeter l’anathème sur les mœurs misérables et intolérantes de la foule, maintes fois stigmatisées[16] par Paul Adam et exaltées par les « écrivains sentimentaux du boulevard[17] ». Dans une « Introduction » d’Alfred Douglas à ses poèmes, « avec quelques considérations sur l’affaire Oscar Wilde », parue le 1er juin 1896, on peut lire de la même façon l’affirmation de la supériorité de l’homosexuel : « Parmi les héros de l’humanité intellectuelle, un quart étaient certainement, et bon nombre parmi les autres, probablement, des sodomites[18] ». Comme Paul Adam, les critiques de la Revue Blanche clament alors volontiers cette suprématie intellectuelle : Willy dans « Bayreuth et l’homosexualité » à propos de Wagner (15 mars 1896), Rachilde avec les « Questions brûlantes » (1er septembre 1896), dans lesquelles elle fait de Lord Douglas un « élu » plutôt qu’un « réprouvé », ou encore Charles Kains Jackson avec « L’Amour sélectif » (1er octobre 1896), qui prolonge le développement de Paul Adam en défendant l’idée que l’amour homosexuel contribuerait à « la sélection » et au « progrès de l’espèce[19] » ; dans la rubrique « Bibliographie » du 15 septembre 1896, sous-titrée « Prostitution, criminalité, uranisme »,  Jean de Beauvais mentionne un ouvrage sur l’« unisexualité », grâce auquel seront peut-être enfin imaginables « des conceptions un peu moins grotesques et contradictoires que celles dont les termes extrêmes sont la pédérastie réglementaire de l’armée romaine et la reproduction obligatoire des moralistes[20] ».

Au Mercure de France aussi, Hugues Rebell développe une longue « Défense d’Oscar Wilde » dans laquelle il évoque la condamnation de l’écrivain comme une conséquence de la vengeance de l’« abjecte populace qui aujourd’hui fait la loi ». En frappant Oscar Wilde, la justice a fait de la même façon « œuvre de plébéiens qui, ne pouvant rien créer, détruisent ». Hugues Rebell pose donc ce que sont pour lui les véritables termes du problème : « Dans ce procès il ne s’agit pas de sodomie, mais des droits de la justice envers un homme supérieur. La grande question est de savoir si on peut traiter l’auteur de Dorian Gray comme un maçon qui aurait commis le même crime que lui[21]. » Rien, en apparence, de plus éloigné d’une lutte pour les « mœurs » que ce plaidoyer en faveur d’une d’élite à laquelle est inféodée, in fine, la sphère des revues elle-même. Mais l’argumentation est fondée sur une idée majeure, largement énoncée dans les combats pour la liberté des mœurs ; l’idée de « crime démocratique » : la loi civile ne saurait condamner les actes de perversité que lorsqu’ils portent atteinte à la liberté. Or, la condamnation de l’écrivain manifeste une confusion, celle de la loi civile et de la loi « ecclésiastique », confusion qui constitue un « danger social ». À la Plume, Louis Lormel restreint l’importance de l’acte dont on accuse Wilde (« acte physiologique, ni plus ni moins répréhensible en soi que n’importe quel autre ») et comme Huges Rebell, il dénonce le non-sens de la notion d’immoralité dans la société civile, « qui ne doit être régie que par le respect de la liberté d’autrui ». L’argumentation sert moins ici le plaidoyer pour l’homosexualité — il parle à deux reprises d’« acte malpropre », souligne que « certains hommes d’ailleurs prennent des libertés tout aussi répugnantes envers leurs légitimes épouses » — que le combat contre les effets pervers de la loi « morale », sans cesse brandie, par les défenseurs de celle-ci, comme préalable nécessaire à la réalisation de l’harmonie sociale. Dans une société régie selon de tels principes, l’être jugé immoral ou amoral est forcément aliéné, au même titre, du reste, que l’être excessivement moral ;  l’écrivain est « un fou », conclut le chroniqueur, ayant commis cette « folie de porter plainte contre un autre fou[22] ».

Les revues, on le voit, font donc les mêmes constats, et l’on perçoit bien comment, dans ce croisement des discours qui rend tangible une dynamique transversale aux postures conventionnelles, peut s’élaborer une lutte collective contre un militantisme moral perçu comme dangereux.    

 

3. Femmes et combats 

Rien ne correspond mieux, enfin, à la définition des « mœurs » de Philippe Hamon, un « ensemble diffus et abstrait », que la manière dont est traitée la question des femmes à la Revue Blanche. Celles-ci n’y sont guère présentes que comme dédicataires, dans les premières années tout au moins. Mais elles sont l’objet de nombreuses chroniques traitant des combats pour la morale (prostitution) ou évoquant directement la condition féminine (travail, mariage).

Sur le plan des mœurs, la prostitution emblématise alors à la fois la criminalité féminine et l’abandon à la luxure et au libertinage. Considérée comme une forme dangereuse d’activité sexuelle dont l’État souhaite contrôler et définir les limites, la prostitution est en voie de devenir l’objet de réglementations exigeantes : la prostituée doit se déclarer comme telle auprès de la police des mœurs[23]. Ce sont des mesures que la Revue Blanche tourne volontiers en dérision. Le « Calendrier » de novembre 1891 fournit une liste de synonymes du terme « prostituée » aux parlementaires qui s’apprêtent à discuter d’un projet de loi sur la question, afin que soit évitée la répétition du mot. En avril 1892, le chroniqueur de la rubrique « Liquidation », évoquant l’assassinat d’une prostituée, déplore que juste après l’attentat de Ravachol, on « désorganise » ainsi la société en supprimant les « filles-folles » et raille les initiatives du sénateur Bérenger dans la référence à Barrès : « Maintenant la pudeur s’étale impunément. Par bonheur un de nos maîtres vient de fonder La Ligue de toute Licence, sauf contre l’amour, bien entendu. Il n’est que temps de réagir et d’enrayer le racolage éhonté des moralistes[24]. »

Plus sérieusement, les revues tendent à considérer la prostituée comme une victime de l’inégalité des sexes face au travail, rejoignant ainsi le combat féministe. Dans le numéro du 1er mai 1891 de La Plume, les poèmes en prose de Léon Maillard montrent que la prostitution est la « condition forcée de toute femme à qui le travail ne donne pas le rapport normal de jouissances auxquelles elle a droit, en sa qualité de créature pensante. À ceux qui étaient les détenteurs de l’unique force matérielle présente, elle reprend le surplus trop durement amassé[25]. » Au Mercure de France aussi, une diatribe misogyne de Louis Dumur, en janvier 1891, véhicule paradoxalement une idée semblable : si la femme se prostitue, c’est qu’elle « en est réduite à se vendre par la faute de l’homme, qui ne lui laisse pas prendre dans la société la place qu’elle est capable de tenir ». Reléguée hors du monde du travail, elle se replie sur la voie de la vénalité. Une réforme s’impose donc : « La femme doit être mise sur le même pied que l’homme, dotée des mêmes libertés, munie des mêmes moyens de produire. Rendue à sa dignité d’être humain, elle se hâtera de conquérir la plus noble des dépendances, celle qui fera d’elle l’égale respectée de celui qui a maintenant le droit et le devoir de la mépriser[26]. » L’aspect le plus inquiétant de la question de la prostitution, déjà souligné à propos de l’homosexualité, semble néanmoins être l’intrusion progressive de l’État dans les comportements privés. Dans un article intitulé « Des Filles », publié par la Revue Blanche le 15 avril 1895, Victor Barrucand analyse la proposition de « délit de racolage » par René Bérenger, dans laquelle il voit un « danger social », la liberté « primordiale » étant « pour chacun de disposer de son corps aussi bien que de sa pensée ». Comme Hugues Rebell, il perçoit dans cette nouvelle ingérence une transformation de la justice civile en « une sorte de protestantisme, et le plus absurde, sans l’espérance[27] ».

            En pleine réorganisation juridique de la société civile, le débat sur les droits des femmes dans les revues met bien évidence la période transitoire qu’est la fin de siècle pour les combats féministes. L’« infériorité de la femme » constitue le point de départ de diverses réflexions ; celle de Strindberg, notamment, qui ouvre le numéro du 15 janvier 1895 ; s’appuyant sur des preuves physiologiques « évidentes » (organes reproducteurs, nombre de globules blancs, forme du crâne), Strindberg montre que la femme est une « forme rétrécie de l’homme ». Les hommes qui reconnaissent les femmes comme leurs égales intellectuelles sont des « dégénérés », qui ont « perdu le sentiment de leur virilité et de leur supériorité ». Comme les féministes, ce sont des « gynolâtres » qui ne se rendent pas compte que le mouvement d’émancipation des femmes va « à l’encontre des idées modernes sur le développement de l’espèce supérieure[28] ». Dans le contexte de la revue, ces lignes produisent un effet fortement antiphrastique, l’outrance jouant ici comme un facteur de détérioration sémantique du propos qui se retourne contre lui-même et sert la lutte féministe plus qu’il ne la dessert. Le lecteur de la Revue Blanche, en effet, ne saurait s’y tromper, lecteur qu’un article d’Henri Albert sur Strindberg, paru en décembre 1894, avait longuement informé des idées actuelles de l’écrivain, essentiellement fondées sur l’obsession de « l’aristocratie cérébrale » et la hantise des deux ennemis de celle-ci, les femmes et le peuple.

Aux fantasmes de Strindberg, la Revue Blanche préfère les idées moins conventionnelles du théâtre d’Ibsen, en particulier sur le problème du mariage, fréquemment discuté par les critiques dramatiques. En janvier 1893, Pierre Veber souligne l’importance d’une pièce comme La Dame de la mer, qui montre que « toute union qui n’est point acceptée d’entière liberté de part et d’autre est un mensonge que des lois de mensonge ne suffisent pas à préserver[29] ». Dans un compte rendu des Tenailles de Paul Hervieu, le 15 octobre 1895, Romain Coolus parle du « stupéfiant attentat à la liberté individuelle que constitue l’article du Code relatif au divorce ». Le divorce, rétabli par la loi Naquet du 27 juillet 1884, l’a effectivement été sur le seul fondement de fautes précises, et à condition d’en apporter la preuve : adultère, condamnation à une peine afflictive et infamante, excès, sévices et injures graves. L’impossibilité de dissoudre librement le mariage revient donc, poursuit Coolus, à la « détention arbitraire d’un être humain » avalisée par l’institution, « un acte d’iniquité suprême contre lequel la victime est sans recours puisque la société approuve et que les agents de l’ordre peuvent être commandés pour faire triompher par force une loi abominable qui ne tient aucun compte du gré[30]. » Paul Adam revient sur la question le 1er mai 1896, alors que vient de se tenir le quatrième Congrès féministe international. Il regrette la médiocrité des revendications féministes, qui n’ont su réclamer que des emplois, alors que la seule vraie idée féministe est, selon lui, celle du mariage : « La lutte d’émancipation doit au contraire s’engager sur le principe même de la liberté de l’amour. » Les « femmes en émancipation » auraient donc dû proposer une loi qui leur aurait permis de s’affranchir de cet esclavage, par l’autorisation de déclarer la naissance de leur enfant sous leur propre nom, sans mention du père putatif, ce qui aurait eu pour effet de rendre la maternité « simplement sacrée », indépendante de la « rencontre sexuelle » et de leur permettre de revendiquer « l’honneur de donner leur seul nom à la postérité[31] ». L’éclatement de l’affaire Dreyfus n’occulte pas le débat ; le 1er mai 1898 paraît « L’Amour dans le mariage », article dans lequel Armand Charpentier avance l’idée que la conception générale du mariage sur laquelle repose la société est une « barbarie ».

Sur cette question encore, le nom de Blum s’impose. Comme Romain Coolus, Blum apprécie particulièrement le théâtre illustrant les problèmes du couple et les aspects de la  libération de la femme, hors de tout parti pris de convenances. Dans ses chroniques dramatiques cependant, on ne trouve pas trace de sa fascination pour les pièces de Georges de Porto-Riche, initiateur du genre ; aux yeux de certains critiques de l’époque en effet, Amoureuse, par exemple, pouvait représenter la perversion juive — non cependant sans un certain magnétisme. Le libre traitement de ces sujets étant alors tenu pour immoral par les esprit antisémites ou puritains, on peut penser que Blum — et avec lui la rédaction de la Revue Blanche, majoritairement juive — aspire à demeurer moralement inattaquable, ce qui explique probablement que la question n’apparaisse pas sous sa plume. C’est dans son essai Du mariage, publié en 1907 et dans lequel on décèle l’influence de Porto-Riche, que Blum synthétise ses convictions sur les relations de couple ; avant le mariage, les jeunes filles doivent bénéficier de la même liberté que les hommes, liberté qui ne pourra être que profitable à la cohésion sociale. Cette conception des rapports sociaux paraît audacieuse, voire licencieuse — les féministes elles-mêmes la jugent telle — et le livre, regardé comme scandaleux, ne manquera pas de remplir d’indignation une grande partie des collaborateurs de la NRF.

            À la Revue Blanche, les combats pour les droits nouveaux sont aussi menés par les femmes. Le 1er septembre 1895 paraît « Brevets et jeune fille », article anonyme dans lequel sont critiqués les contenus et les conditions de passation du « brevet de capacité » (qui permet d’exercer les fonctions d’instituteur ) pour les femmes. Selon l’auteur, ce brevet devrait être pour elles un moyen de s’émanciper et de « gagner quelques-uns des droits réservés aux hommes ». Mais si les intentions sont louables, le procédé ne l’est guère, car dans le programme qui leur est réservé, « Philosophie, qui sentait l’indépendance, a été remplacé par Morale, qui rappelle devoir et soumission ». Par conséquent, tempère l’auteur, les femmes doivent choisir d’autres voies, pour « faire leur révolution », que celle d’entrer « dans la routine masculine[32] ». Les positions féministes sont donc nuancées. Le 1er décembre 1897 est publié, à la Revue Blanche, « Féminisme et anti-féminisme », article dans lequel, sans se déclarer féministe, Jeanne Chauvin répond en filigrane aux arguments de Strindberg et s’appuie sur Stuart Mill pour affirmer sa confiance dans le législateur sur le point de réformer les lois en faveur des femmes. Le féminisme finalement triomphant signifierait la consécration de l’« économie sociale » et les femmes, qui auront enfin accès à toutes les carrières et pourront même exercer les droits politiques, constitueront une force dans la « voie du progrès ». Reçue docteur en droit en 1892, Jeanne Chauvin sera, au moment de la publication de son article, interdite d’inscription au barreau.

            On ne saurait clore cette question des femmes sans évoquer une femme encore, qui joue un rôle important, quoiqu’ambigu, à la Revue Blanche : Misia Natanson est un esprit libre, une femme affranchie très jeune du carcan familial. En épousant Thadée Natanson, elle renonce à une indépendance durement conquise en même temps qu’à ses perspectives de carrière. On sait que Misia n’intervient pas dans la réalisation de la revue, qu’elle ne ne la lit guère et que de nombreuses rubriques l’intéressent peu. Elle y exerce cependant une indiscutable influence. Sans elle, comme l’écrit Paul-Henri Bourrelier, la Revue Blanche n’aurait pas eu « son éclat, l’ardeur et l’ambition qui furent les siens, sa façon inédite d’oser et de choisir, son goût jamais mis en défaut et son esprit résolument avancé[33] ». Il y a donc un « esprit » Misia, un peu convenu mais libre, ayant un air de famille avec celui de Mme Verdurin, comme l’écrira Paul Morand ; un esprit qui synthétise aussi, somme toute, celui de la Revue Blanche dans son combat, audacieux mais avisé, pour la libéralisation des mœurs.

 

 

 



[1] L’ouvrage d’Eugène de Budé, Du danger des mauvais livres et des moyens d’y remédier, paru en 1883, veut montrer que le roman de mœurs lui-même, par un effet de mise en abyme emblématique de la complexité de la notion, est nuisible aux bonnes mœurs.

[2] Philippe Hamon et Alexandrine Viboud, Dictionnaire thématique du roman de mœurs, 1850-1914, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2003, p. 14.

[3] Dans L’Esthétique de la langue française, publié en 1899, Remy de Gourmont évoque son ouvrage comme un « tableau des mauvaises mœurs de la langue française et des dangers où la jettent le servilisme, la crédulité » (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers populaire, Paris, Mercure de France, 1899, p. 106).

[4] Son article « Contre la licence et la dépravation » (L’Écho de Paris,15 février 1902) déclenche une réaction de Gide qui lui répond dans « La licence, les dépravations et les déclarations de M. le Sénateur Bérenger (L’Ermitage, 15 avril 1906). Le 1er avril 1897, La Revue Blanche publie aussi une « Lettre ouverte à M. Bérenger », de la main de Paul Robin, introducteur du néo-malthusianisme et fondateur, en 1896, de la « Ligue de la Régénération humaine ».

[5] Trissotin, « À travers la Presse », La Plume, 15 juin 1895, p. 287, [en ligne], http://gallica2.bnf.fr/. Toutes les références renverront à cette édition.

[6] Géraldi Leroy, Batailles d’écrivains. Littérature et politique, 1870-1914, Paris, Armand Colin, 2003, p. 325.

[7] N.D.L.R., Revue Blanche, novembre 1891, Genève, Slatkine reprints, 1968, p. 97. Toutes les références renverront à cette édition.

[8] Paul Adam, « Critique des mœurs. Des enfants », Revue Blanche, 15 octobre 1895, p. 350 sq.

[9] Paul Adam, « Critique des mœurs. De la pudeur », Revue Blanche, 1er novembre 1895, p. 433 sq. Le Vice filial, roman de Paul Adam paru en 1891, était déjà une illustration de cette loi morale ; les amours incestueuses d’une fille pour son père y étaient avouées et assumées.

[10] Il faut préciser que cette loi fut votée à l’issue d’un débat qui dura près de dix ans, à partir d’une proposition sénatoriale présentée le 24 janvier 1881 par Théophile Roussel, au nom, entre autres, du sénateur Bérenger.

[11] La perception de l’enfant comme être pervers préfigure les analyses de Freud sur l’enfant, « pervers polymorphe » (1905)  et annonce des textes tels que « Ein Kind wird geschlagen » (« On bat un enfant », 1919), par exemple, dans lequel Freud formulera l’origine du « fantasme infantile de fustigation » (fantasme d’un sujet rêvant d’être battu par son père).

[12] À la Plume, la publication d’un texte de Judith Cladel, « Bonjour, Bébé ! » — récit de la vie de Charles, auquel le perroquet de la famille ne cesse de répéter « Bonjour, Bébé ! », et ce jusqu’à la mort du héros, ironise sur les fondements matérialistes de la politique démographique de la fin de siècle (1er octobre 1891, p. 342).

[13] L’Œuvre de Léon Blum (1891-1905), Paris, Albin Michel, 1954, p. 315 sq.

[14] « Enquête sur l’éducation », Revue Blanche, 1er juin 1902, p. 169.

[15] Nous n’instistons pas sur ces publications, largement développées par Paul-Henri Bourrelier dans son ouvrage La Revue Blanche, une génération dans l’engagement 1890-1905, Paris, Fayard, 2007, en particulier le chapitre 12 de la seconde partie.

[16] Marqué par l’ambiguité entre l’idée d’inclination au mal et celle de finesse spirituelle, l’adjectif « malicieux », dans le titre de la chronique, traduit les deux interprétations : celle qui a conduit à condamner Wilde (celle de la foule) et celle qui valorise son acte (et justifie le combat mené en sa faveur).

[17] Paul Adam, « Critique des mœurs. L’Assaut malicieux », Revue Blanche, 15 mai 1895, p. 458 sq.

[18] Alfred Douglas, « Une introduction à mes poèmes, avec quelques considérations sur l’affaire Oscar Wilde », Revue Blanche, 15 mai 1896, p. 487.

[19] Charles Kains Jackson, « L’Amour sélectif », Revue Blanche, 1er octobre 1896, p. 293.

[20] « Bibliographie. Prostitution, criminalité, uranisme », Revue Blanche, 15 septembre 1896, p. 279.

[21] Hugues Rebell, « Défense d’Oscar Wilde », Mercure de France, août 1895, Vaduz, Kraus reprint, 1965-1977, p. 187. Toutes les références renverront à cette édition.

[22] Louis Lormel, « À M. Oscar Wilde », La Plume, 15 avril 1895, p. 165. Le chroniqueur fait référence à la plainte pour diffamation déposée par Oscar Wilde contre Lord Queensberry, le père d’Alfred Douglas, qui donna lieu au procès.

[23] La Débauche : roman parisien, de Jean Bruno (1881), met en scène de « mystérieux agents des mœurs », faux gardiens de la paix agissant pour le compte d’un financier concupiscent ; ils enlèvent en pleine rue la jeune fille convoitée, sous le prétexte qu’elle exerce illégalement la prostitution.

[24] « Liquidation », Revue Blanche, avril 1892, p. 253.

[25] La Plume, 1er mai 1891, p. 151.

[26] Louis Dumur, « De la vénalité de l’amour chez la femme », Mercure de France, janvier 1891, p. 43.

[27] Victor Barrucand, « Des Filles », Revue Blanche, 15 avril 1895, p. 347.

[28] Auguste Strindberg, « Vivisections. De l’infériorité de la femme », Revue Blanche, 15 janvier 1895, p. 1 sq. Strindberg est alors en train d’écrire Inferno.

[29] Pierre Veber, « Notes dramatiques », Revue Blanche, janvier 1893, p. 58.

[30] Romain Coolus, « Notes dramatiques », Revue Blanche, 15 octobre 1895, p. 382.

[31] Paul Adam, « Critique des mœurs. Des mères futures », Revue Blanche, 1er mai 1896, p. 390.

[32] X., « Brevets et jeunes filles », Revue Blanche, 1er septembre 1895, p. 147.

[33] Op. cit., p. 73.



Publié dans La SOCIETE et la CITE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article