Les premiers combattants de la paix ; Gaston Moch

Publié le par Paul-Henri Bourrelier

Communication de Verdiana Grossi, professeur à l’université de Genève, historienne, consultante du Bureau International de la Paix, auteur du livre de référence : Le pacifisme européen 1889-1914.

RESUME
Verdiana Grossi se propose de commencer par tracer les contours de l’Europe dans laquelle se sont  livrés au XIXe siècle les combats pour la paix, et, dans une seconde partie, de cibler son exposé sur l’un des protagonistes, le capitaine Gaston Moch.
Les idées pour la paix sont nées à l’époque post napoléoniennes dans des milieux quakers du monde anglo-saxon et ont pris leur essor en 1849 au Congrès de Paris qui a été marqué par le magnifique discours européen de Victor Hugo ; les étapes suivantes ont été : _ 1867, année  où naissent la ligue modérée et neutre de Frédérique Passy, et celle, politique, installée en Suisse , de Charles Lemonnier pour les Etats-Unis d’Europe; _1889, année où sont constituées l’Union interparlementaire qui milite pour l’arbitrage, et le Bureau International de la Paix qui fédère un ensemble de sociétés nationales ; tous deux ont leur siège à Berne, capitale d’un petit pays démocratique.
Gaston Moch apparaît dans ce paysage en 1894 : polytechnicien, il s’engage alors pour le rapprochement franco-allemand, proposant que la population alsacienne ait le choix de sa nationalité et que Strasbourg dispose d’une université qui soit le trait d’union entre les deux pays. Ensuite, c’est la défense de son camarade de promotion Alfred Dreyfus pour lequel il mobilise son réseau et le journal de Bruxelles L’Indépendance belge dont il prend le contrôle. En 1899 la Conférence de La Haye, à laquelle la France délègue deux personnalités de premier plan, Léon Bourgeois et le baron d’Estournelle de Constant, est décevante mais met néanmoins en place un processus de impliquant  les Etats. D’Estournelle, sénateur, continuera à déployer pour la paix une intense activité qui sera récompensée par un prix Nobel. Mme Grossi, qui s’est plongée récemment dans sa correspondance expédiée sous le timbre du sénat, est heureuse de connaître ces lieux, et tient son étude qui a été publiée à la disposition de ceux qui seraient intéressés par cette grande personnalité.
Au début des années 1900 Gaston Moch devient le conseiller du prince de Monaco en vue de le convaincre de se faire le relais des idées pacifistes vers les cours européennes. Il met en place et préside l’Institut de la Paix de Monaco.
En définitive Moch a été un homme de caractère, se distinguant par une profonde culture d’ingénieur, qui s’est beaucoup battu, a produit de nombreux ouvrages et d’innombrables articles. Il a été le premier président de la société française de l’esperanto. Après la Grande Guerre, il reprendra une activité de vulgarisation scientifique en faveur de la compréhension de la relativité. Sa conception du combat pour la paix était concrète, fondée sur le dialogue, les droits de l’homme, la démocratie. Les circonstances ont fait que le prix Nobel ne lui a pas été attribué. Il y a bien lieu de reconsidérer sa place car ce sont des personnalités comme lui et d’Estournelle qui ont jeté les bases d’où est issue la Société des Nations, préfiguration de l’ONU.

Publié dans La PAIX et l'ARMEE

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